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vécu

Jeudi 9 juillet 2009
Elle n'a pas eu la chance de voir Virginie grandir. C'est dommage, on ne pouvait pas rêver d'une meilleure mère.
Elle n'aura plus la chance de voir Morgane grandir. C'est dommage, on ne pouvait pas rêver d'une meilleure Mima.

Il y a une vingtaine d'années, nous avions vu ensemble une pièce qui s'intitulait Comment être une mère juive en dix leçons. Cela nous avait beaucoup amusés, et nous n'avons jamais cessé de plaisanter à ce propos depuis. Ils expliquaient qu'il n'est pas nécessaire d'être juive pour être une mère juive. Il n'est même pas indispensable d'être mère. La définition de la mère juive est la suivante: quand tu te lèves la nuit pour aller pisser, tu reviens, ton lit est fait.
Mon lit ne sera plus jamais fait la nuit. Et elle me manquera.
Par jfmop
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Mercredi 1 avril 2009

                Sur le chemin de Stevenson (GR70), Bruno Gasnier et moi avons croisé un randonneur qui faisait le parcours à l'envers. Jusque là, rien d'extraordinaire : les sentiers de grande randonnée peuvent être empruntés dans un sens comme dans l'autre.

                Le lendemain, nous avons croisé un marcheur qui, lui aussi, « remontait » le chemin. Nous avons eu l'impression de l'avoir déjà vu. Après quelques instants, nous avons simplement décrété qu'il ressemblait beaucoup au marcheur de la veille.

                Le troisième jour... nous avons à nouveau croisé ce marcheur, qui encore une fois voyageait à l'envers. Cela nous a semblé très étrange. La distance qui nous séparait aurait dû augmenter, et les chances de croiser deux fois (je ne parle même pas de le croiser trois fois) un homme qui marche dans l'autre sens que celui où vous marchez sont normalement nulles.

                Le voyant le soir au camping (dont il s'était éloigné toute la journée), nous l'avons abordé, pour éclaircir ce mystère. Il s'avère qu'il s'agissait d'un randonneur chevronné, habitué des randonnées et aventures autour du monde. Il avait décidé de faire le parcours avec sa femme. Seulement, ils ne marchent pas tout à fait à la même allure. Ils ont donc mis au point le système suivant :

                Lionel (c'est son nom, j'imagine que vous l'aurez deviné) quitte le camping en voiturer le matin, avec armes et bagages, et va poser la voiture au camping suivant, en fin d'étape. Ainsi, pas de matériel à transporter. Pendant ce temps, son épouse entame le parcours dans le « bon » sens, seule. Une fois prêt, il se lance à son tour sur le chemin, mais en partant de la fin. Sa femme et lui se rejoignent à mi-parcours. Puis, il rebrousse chemin pour marcher avec sa femme. Il fait deux fois la même partie du chemin.

                Le procédé est original, mais ingénieux. Et du coup, nous avons croisé Lionel presque tous les jours pendant notre périple. Cela nous fournissait une indication sur la distance qui nous restait à couvrir, et il nous donnait des informations pratiques sur ce qui nous attendait...

                Un soir au Pont de Monvert, nous avons partagé avec eux notre emplacement sur le camping (complet), et discuté un peu plus. Il nous a donné de nombreuses astuces pour faciliter la vie du randonneur (notamment, il m'a appris à régler mon sac à dos de façon à ne pas me fatiguer, et j'avoue que c'est nettement plus confortable quand on sait le faire).

                Mais Lionel est aussi un esprit pratique et créatif. Il a inventé un sac à dos composé de compartiments étanches (plus faciles à ranger et à l'abri des mauvaises surprises), tenus par une armature en aluminium spatial hyper léger, et... qui se transforme en lit de camp. On place les sacs sous le lit, une toile légère vient recouvrir l'ensemble (une seule épaisseur suffit, puisqu'il n'y a pas de toile de sol et aucun risque que l'eau suinte dans la tente...).

                Malheureusement, il n'a pas trouvé de distributeur pour son invention. Il faut dire qu'elle ne s'adresse qu'aux baroudeurs comme nous, qui nous déplacions en complète autonomie, avec des sacs de 20kg, dormant dans les campings ou la nature, mais pas à l'hôtel ou en gîte, comme la plupart des randonneurs. N'empêche : l'idée est brillante.

                Aujourd'hui, Lionel publie un petit fascicule purement utilitaire. Il s'agit d'un petit guide de voyage, qui permet de faire comprendre et de comprendre l'essentiel des informations pratiques. Il se compose d'une suite de pictogrammes, explicites et dont le sens paraît accessible quelle que soit la langue de votre interlocuteur. Je vous invite à jeter un œil sur son site : www.skippyglobetrotter.com

                Indépendamment de cela, Lionel a un autre mérite : avoir de ses nouvelles et écrire cet article m'a donné envie de raconter « mon » Stevenson. Je vais donc pouvoir nourrir ce blog bientôt...

Par jfmop
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Mardi 27 janvier 2009
     Le SNES, premier syndicat enseignant, me donnait de l'extérieur une très mauvaise image. Image en partie injuste et faite de préjugés, mais en partie lucide et vraie...

      Lorsque je suis entré dans le métier (la « Grande Maison »), après avoir réussi le CAPES, j'entendais le SNES revendiquer l'intégration dans le corps des certifiés de professeurs n'ayant pas passé le concours. Cela me semblait absolument injuste et déloyal. J'avais pourtant bien conscience que les qualités exigées pour réussir le concours n'ont absolument rien à voir avec les qualités nécessaires pour enseigner. Pire : je connais un très grand nombre de certifiés qui ne maîtrisent que très peu leur matière ! Mais je venais de le réussir, ce concours, et je trouvais scandaleux que des professeurs qui n'avaient fait leurs preuves « que » sur le terrain et pas sur les bancs de la fac soient reconnus...
     La conclusion qui s'imposait à moi était simple : il fallait revoir le mode de recrutement. Je n'ai pas changé d'avis depuis. Seulement, quid de ceux qui étaient déjà « dans la place » ? A l'usage, je comprends mieux pourquoi le SNES a pu revendiquer l'intégration d'office dans le corps des certifiés. Mais ce message était absolument inacceptable pour un néo certifié.

Par la suite, plein d'ambition et de bonne volonté, j'ai été écœuré de voir à quel point il est difficile d'avoir une conversation intelligente avec un prof. Voilà des gens cultivés, et ils s'avèrent incapables de parler de choses sérieuses. Les seuls moments qui me semblaient rassembler, c'étaient les grèves à l'appel du SNES. Grèves annuelles et régulières, pour des revendications purement corporatistes. Il me semblait qu'on exigeait surtout un meilleur salaire, mais qu'on ne faisait pas grand chose pour le mériter...
     Je voyais ainsi, parmi les « agitateurs » les plus virulents, des collègues dont le comportement m'insupportait (m'insupporte toujours) au plus haut point. Vous savez, le collègue qui ne libère sa salle qu'avec cinq minutes de retard (et tant pis pour mon cours), n'efface jamais son tableau, laisse les armoires ouvertes, oublie son parapluie (qu'il vient rechercher sans frapper cinq minutes après), descend faire des photocopies pendant ses cours en laissant seuls des élèves peu fiables, sur qui il vous « demande » de garder un œil... Et ce sont ceux-là que j'entendais revendiquer haut et fort pour plus de considération.

     Il y a donc une forme de personnalisation dans mon choix de ne pas m'engager. Comme les élèves qui aiment telle ou telle matière parce qu'ils aiment ou n'aiment pas le professeur, je n'aimais pas le SNES parce que j'avais l'impression qu'on n'y trouvait QUE les professeurs insupportables, détestés des élèves, qui n'avaient aucun autre moyen de progresser que d'exiger des avantages qu'ils ne méritaient pas...


     Puis vint Allègre. La réforme me paraissait scandaleuse et inacceptable, mais le SNES bougeait alors fort peu. Habitude oblige, bousculer un ministre dit de gauche était difficile. Les comités anti-Allègre se sont multipliés, et c'est en voyant qu'il risquait d'être débordé que le SNES a finalement pris le train en marche. C'est du moins la lecture que j'en avais à l'époque. Aujourd'hui je pense que c'était un peu simpliste, cette vision, mais je continue de penser qu'il y a du vrai quand même.
     Un séjour en Angleterre, où j'ai pu tester en live la vie d'un professeur dans le système en vigueur là-bas (et très bientôt chez nous), m'a montré où la notion, séduisante dans l'absolu, de salaire au mérite pouvait conduire. J'avais naïvement cru que le professeur le plus méritant était le plus efficace, celui dont les élèves réussissent le mieux. Contrairement à ce qui se passe chez nous, où seule compte la note qu'un IPR (parfois ancien prof chahuté, parfois planqué qui a trouvé un moyen de ne pas avoir d'élève en face de lui, souvent maillon d'une machine absurde et qui fait volte face régulièrement) vient vous mettre tous les huit ans, selon des grilles verrouillées. Il s'avère finalement que le plus méritant est celui qui se montre le plus apte à appliquer la politique de son supérieur. Ainsi, la « prime de l'enseignement le plus méritant » est joliment surnommée par tous « prime du lèche-cul », ce qui résume assez bien la situation.


     Jusque là, on l'aura compris, je ne me retrouvais absolument pas dans les positions du SNES, ou du moins dans ce que je percevais des positions du SNES, qui communique à mon sens extrêmement mal. Dans ces conditions, pourquoi m'engager ? Mon père n'a rejoint son syndicat (la CFDT... no comment) que lorsqu'il a été sur un siège éjectable dans son entreprise, pour sauver ses fesses. Je n'allais pas faire pareil!
     Un événement nouveau m'a décidé à rejoindre, tout de même, le SNES, sur lequel j'étais encore très dubitatif. C'est l'élection de M. Sarkozy à la présidence de la République. Nous filons à marche forcée vers le système anglais. J'y suis passé. Je ne me fais aucune illusion : nous y parviendrons. Mais sans mon accord. Et l'unique moyen que j'ai de faire savoir que je ne veux pas de ce système, c'est de grossir les rangs des encartés. Cela me coûte de l'argent (cotisation), me prend du temps (réunions sur lesquelles je vais revenir...), me fait mal voir de la hiérarchie... C'est à ce prix que je manifeste mon refus du système vers lequel, inexorablement, nous nous dirigeons.

     Et me voilà syndiqué. Je découvre le fonctionnement d'une section, dans laquelle on s'engueule joyeusement pour des broutilles. Les priorités me semblent pour le moins discutables. Et je comprends mieux maintenant pourquoi j'avais une si mauvaise image du SNES. On dirait un peu la guerre des chefs au PS. Tout le monde a raison, tout le monde tire la couverture à lui... On est tellement occupé à se battre entre nous qu'on en oublie où est le véritable adversaire. Je repense à une séquence des Guignols de l'info, quand je les regardais, il y a longtemps. Nous étions en pleine guerre de Bosnie. PPD demandait à Delors (alors président de la Commission Européenne) ce qu'il pensait de la Bosnie. Et le Delors de répondre: « Ah ! Voilà un vrai problème ! Voilà un vrai défi pour l'Europe ! Je vous le demande : peut-on envisager d'intégrer dans l'union un pays qui ne respecte pas nos normes de calibrage des salsifis ? » Eh bien au SNES, on semble s'occuper beaucoup des normes de calibrage des salsifis, et pas beaucoup de la guerre.
     De la même façon, je trouve le syndicat bien timide en matière d'action. Comment faire fléchir les gouvernements, surtout (je me répète ?) depuis la dernière élection présidentielle ? La forme d'action privilégiée reste la grève. Grève d'une journée. L'efficacité reste à prouver. Quand on est au lycée, à part offrir une journée de salaire au gouvernement, nos grèves n'ennuient personne. Dans le primaire, ils auraient encore un certain poids, si on n'avait pas laissé le « droit d'accueil » être voté... Maintenant (dixit le ministre) quand il y a une grève, personne ne s'en rend compte.
     Pourtant, je les fais, ces grèves. Faute d'avoir un autre moyen d'action. Je ne me fais pas d'illusion sur l'efficacité. Mais je peux me regarder dans la glace en me disant : je n'ai pas été complice. J'ai dit que je n'étais pas d'accord. A défaut de préserver mes conditions de travail, au moins je garde ma dignité. Et elle me coûte cher. Mais je n'ai plus rien d'autre à vendre.


     Et je peste à n'en plus finir contre le SNES. Pour deux raisons.
     La première : j'ai entendu il y a peu un raisonnement qui me hérisse et résume tout ce que je déteste. Il était justement question des moyens d'actions.
D'abord, tout allait bien. Un collègue a exposé une méthode expérimentée dans les lycées agricoles : la rétention/non rétention des notes. Si nous n'évaluons pas nos élèves, on nous sucre les indemnités de suivi des élèves. C'est bien plus « douloureux» qu'un jour de grève. Alors les professeurs évaluent leurs élèves. Tel prof note sur 10, tel autre sur 20. Les calculs de moyenne sont compliqués. Un troisième note de « A » à « E ». Un quatrième de « E » à « A »... un cinquième utilise le système officiel préconisé dans le primaire (A, CA, AR, NA). Les élèves sont évalués, on ne peut rien reprocher aux collègues. Et ça complique sérieusement le boulot de la hiérarchie. Ca ne l'empêche pas, certes. C'est un grain de sable. Mais c'est un grain de sable qui ne coûte rien, et avec plein de grains de sable comme ça, on bloque une grosse machine.
     Il ne s'agit en aucun cas d'une recette miracle, mais c'est un excellent point de départ pour une discussion concrète sur les alternatives à la grève.
     Hélas, et c'est là que tout déraille, un autre intervenant a pris la parole, pour dire (en substance) : « cela fait 38 ans que je suis au SNES. De tout ce qu'on a essayé, il n'y a que la grève qui marche. DONC on continue comme avant ». Ca ne marche plus, depuis longtemps. Et c'est sérieusement méconnaître l'évolution des gouvernements depuis Allègre que de penser qu'ils vont continuer à réagir de la même façon...

     Ma deuxième raison de pester, liée à celle-ci : le SNES veut croire qu'il gagne. Combien de fois n'ai-je pas entendu des syndiqués se vanter d'avoir eu gain de cause: on a obtenu la démission d'Allègre. On a obtenu le retrait du CPE. On a fait reculer Darcos...
     Allègre a démissionné, mais le SNES n'a fait qu'embrayer le pas aux comités anti-Allègre, qui rassemblaient bien au-delà des rangs du syndicat. Le CPE, ce sont les jeunes qui ont eu gain de cause. Nous étions dans le mouvement, pas à sa tête. Et Darcos... à mon avis, une des raisons du recul (pour mieux sauter) est la forme de la mobilisation des jeunes. Les grèves, les manifs, le gouvernement sait les gérer et les retourner contre nous. Mais les « réveillons revendicatifs » ? Voilà une forme d'action qui 1) ne permet pas au gouvernement de s'enrichir en prenant une partie de notre salaire, 2) rassemble dans un même camp parents, élèves et profs (qu'on peut difficilement monter les uns contre les autres), et 3) innove, et donc séduit les media. Face à ce genre d'action, nos dirigeants de l'UMP sont démunis. Et il n'est pas partout possible de compter sur les chefs d'établissement pour bloquer l'accès des lycées.


     Alors voilà. Je n'ai rien à faire des différents courants, des différentes susceptibilités et personnalités... J'en ai marre de voir certains membres du bureau SNES ne venir à aucune réunion, et toutes les réunions dériver sur des querelles de personnes. J'en ai par dessus la tête des débats interminables pour savoir s'il faut faire un pique-nique devant le lycée ou cent mètres plus loin, utiliser du papier rouge ou vert pour l'affichage sur le panneau, ou si la machine à café de la future salle des profs doit se trouver avant ou après les portes coupe-feu.

     MAIS QUELLES SONT LES ALTERNATIVES ? Soyons clairs : Sarkozy se fiche éperdument de savoir si le secrétaire de section a raison de signer tel tract « le bureau », ou si untel a raison d'utiliser des gros mots dans ses mails. Ce qui l'intéresse, c'est que le secrétaire de section et untel fassent des heures sup (non payées, si possibles) pour remplacer les disparus et faire le boulot des surveillants. C'est que le secrétaire de section et untel (et Bidule et Chose et Truc et moi et cinq cent millions de « chinois ») acceptent de travailler plus pour gagner moins afin de garder la canaille populacière, et préserver les conditions de vie dans les écoles où ses enfants sont scolarisés.
     Nous savons tous cela. Et nous savons aussi que si on attend que ça passe, ça ne passera pas. Le SNES n'est pas un outil satisfaisant. Mais c'est le seul que nous ayons. Et je veux croire que, le jour où une majorité de syndiqués penseront comme moi (et non comme l'arrière-garde qui reconduit les automatismes d'il y a trente-huit ans), ce moyen deviendra efficace. Ce ne sont pas les grandes gueules qui l'emporteront, c'est le nombre. Je suis déjà 1. C'est un début.


Par jfmop
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Lundi 29 décembre 2008
    Là où j'habitais avant, à Mouy, je recevais régulièremenet du courrier ouvert. J'ai eu beau protester auprès du receveur, rien n'y a fait. Mieux: j'ai reçu par la poste un nouveau téléphone mobile (dans le cadre d'un renouvellement de contrat). Le colis est arrivé scellé. Mais en l'ouvrant, surprise! Il n'y avait pas de téléphone dedans. L'opérateur, Orange, n'a rien voulu savoir. J'en ai changé à la première occasion (c'est à dire à la fin du nouveau contrat...). La poste non plus n'a rien voulu savoir. Mais je ne peux pas en changer...
     J'espérais en déménageant que le problème disparaitrait. Après tout, c'était peut-être un problème isolé dû à un facteur indélicat. D'ailleurs, je ne donnais plus rien pour les étrènes et le calendrier...
     Bien évidemment, rien n'a changé. Pour Noël, j'avais commandé une console de jeu par correspondance. Lorsque je suis allé chercher le colis, on m'a demandé de signer le reçu avant d'aller chercher le paquet. Seulement je les connais! J'ai insisté pour voir le colis avant de signer. Il a fallu insister lourdement, à haute voix pour prendre les autres clients à témoin. Finalement, on m'a apporté le paquet. Il était complètement éventré. On pouvait voir le carton de la boîte de jeu, à l'intérieur, complètement écrasé.
     Et là a eu lieu un des plus beaux exemples de mauvaise foi auxquels j'ai pu assister dans ma vie (en dehors de l'Education Nationale, de la police municipale de Nogent sur Oise et de mon père). Le guichetier ne comprenait pas ce qui n'allait pas. Je lui ai demandé s'il n'avait pas l'impression qu'il y avait un problème avec le colis. Il m'a répondu: "Oh! Il a subi les affres du transport. C'est normal". Il est donc normal pour la poste de livrer des colis éventrés. J'ai refusé l'envoi, furieux non seulement parce qu'il était abîmé et que je n'étais pas sûr de l'avoir à temps pour Noël, mais aussi parce que j'avais l'impression désagréable d'avoir été pris pour un con. Et je regrette d'avoir acheté leur calendrier.
     Ce matin, j'ouvre ma boîte aux lettres. Une lettre est entièrement ouverte. Et ce ne sont pas juste les affres du transport: le contenu (un catalogue de VPC de lingerie et de jouets pour adultes) a de toute évidence été sorti et remis dans l'enveloppe avec beaucoup de maladresse. Il me semble que ce genre d'acte est illégal. Je n'ai malheureusement aucune preuve recevable en justice pour le moment, mais le jour où j'en aurai une, je ne laisserai pas passer l'occasion.
     Je suis fonctionnaire. Très attaché à la notion de service public. Mais j'ai connu la poste il y a vingt ans, à l'époque où on pouvait lui faire confiance. Le courrier arrivait en temps et en heure. Je recevais des lettres envoyées quatre jours plus tôt de Manille, aux Philippines. Aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de constater qu'il faut TROIS SEMAINES pour qu'une lettre parvienne de Mouy à Nogent sur Oise (soit 20 km). A l'époque, le courrier n'était pas ouvert. Si: il m'est arrivé UNE FOIS de recevoir une lettre à moitié décachetée. Le facteur a sonné, pour me la remetre en main propre, et m'a expliqué en s'excusant que la lettre avait été malmenée dans le transport, mais pas ouverte.
     Aujourd'hui, je vois ce que la poste est devenue. Et malgré mon attachement au service public, j'ai hâte qu'elle soit privatisée. Cela l'obligera à être compétitive. C'est à dire à faire avec la technologie d'aujourd'hui ce qu'elle faisait mieux il y a vingt ans. Dès qu'un concurrent sera accessible sans avoir à faire des démarches compliquées, je choisirai le concurrent. Quitte à payer plus.
Par jfmop
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Vendredi 19 septembre 2008
8h10. Je suis arrivé un peu en avance aujourd'hui, je vais pouvoir souffler un peu avant le rush de 8h20, quand Hazel apporte la Cover Sheet. C'est la feuille sur laquelle sont marqués les remplacements de la journée, attendue avec angoisse et impatience par tout le monde.

8h20. Hazel affiche la fameuse feuille. Pour moi, ça s'annonce pas trop mal : un register cover à 8h50, c'est tout. Je devrai faire l'appel de la 10DA. Je ne les connais pas, mais d'après les collègues c'est un groupe assez correct.

8h30. Assembly. Je suis affecté aux year 11 (les secondes), je les accompagne donc pour cette petite séance de quinze minutes pendant lesquelles le Head of Year (sorte de CPE de niveau/super prof principal) fait un petit discours. Aujourd'hui : leçon de morale pour rappeler aux élèves qu'il ne faut pas jeter des papiers gras par terre dans les salles de cours. Comme il est de toute façon interdit de manger en cours, il faudrait peut-être aussi leur rappeler qu'ils ne devraient pas avoir de papiers gras à jeter...

8h50. J'ai juste le temps d'arriver pour les 10DA, qui m'attendent devant la salle de maths. En l'absence de leur prof principal, je fais l'appel. Ils sont 17 inscrits, 8 présents. Evidemment, comme je ne les connais pas, ils répondent « présent » à l'appel de chaque nom. Je demande des carnets pour vérifier qui est qui. Les élèves ne les ont pas... Seule solution : je me rue dans la salle voisine pour demander à Tony de venir les identifier. Lui les connaît, mais il est en train de faire l'appel des 9AK. Qu'il ne connaît pas, d'ailleurs, mais qu'importe ? Nous revenons dans la salle. Trois élèves s'empiffrent de bonbons, et le sol est jonché de papiers gras. Leur Head of Year pourra recycler demain le discours de son homologue... Tony n'a pas le temps de relever les noms des bouffeurs : les 9AK s'agitent, il doit y retourner. Et moi, je dois prendre ma première classe.

9h00. Arrivée des 7OR (des sixièmes). Mon bon groupe de la journée. J'ouvre MA salle pour les faire entrer. C'est dans cette salle qu'on a fait l'appel des 11MA, une classe particulièrement agitée. Ca se voit : les tables sont en désordre, le sol couvert de détritus. Pour commencer, distribution des livres et cahiers. C'est l'école qui les fournit, et pour éviter d'acheter trop de livres, on se sert du même jeu de livre avec toutes les classes. Les cahiers aussi restent à l'école. Sinon, ils disparaissent. Très vite, on s'aperçoit que les cahiers ont été déchirés, remplis de dessins obscènes, voire souillés d'une façon bien plus dégoûtante encore (et malgré l'atrocité du phénomène, je ne peux pas m'empêcher de me demander COMMENT un élève a bien pu se torcher dans la salle pendant l'appel...). Seule solution : je distribue des nouveaux cahiers. Ce n'est jamais que la troisième fois cette semaine. Evidemment, le cours d'hier n'y figure pas. Et comme les élèves n'ont aucun document chez eux, je recopie au tableau le cours d'hier (les chiffres). Le cours se termine qu'ils ont à peine fini de copier. Ca fait maintenant trois semaines qu'on travaille sur les nombres de un à douze.

9h45. Break. Je n'ai pas le temps de descendre en salle des profs : je suis on duty dans le bâtiment voisin. Comme il n'y a pas de surveillants, les profs doivent effectuer leurs tâches quand ils ne sont pas en cours. Alors je surveille le couloir du troisième étage. Pendant quinze minutes, je cours d'un bout à l'autre du couloir pour empêcher les élèves de dégrader les locaux. L'ennui d'un couloir, c'est qu'il y a deux entrées. Je ne connais pas ces élèves, et comme de bien entendu aucun n'a son carnet. Je ne peux pas prendre le temps d'en accompagner un chez le Head of Year : la dernière fois qu'un collègue a fait ça, le feu a pris dans le couloir qu'il avait laissé sans surveillance... et le collègue a été viré.

10h00. Je regagne ma salle. Ghania, qui a cours dans la salle voisine, me signale que sur la DEUXIEME cover sheet (ajustée à dix heures), il est prévu que je remplace le prof de musique avec les 11MA à 10h45. Je lui sais gré de me prévenir : j'aurais sottement profité de cette heure pour faire mes attendance checks (voir plus bas). Et du coup, on m'aurait retiré un jour de paie pour service non fait. En même temps, ça m'arrange moyennement de faire un cours de musique aux 11MA. Je ne les aime pas beaucoup, et s'il y en a qui m'ont déjà entendu chanter ou jouer du piano, vous comprenez mes réticences... Je fais entrer les 9DR. Distribution de livres et de cahiers. Il y a trois absents (je le sais : il me reste trois livres sur les bras). Je relève leurs noms pour tout à l'heure. Je demande aux deux collés d'hier pourquoi ils ne se sont pas présentés. Ils avaient oublié. Donc je double la sanction : ce soir, ils devront rester une demie heure. L'heure se déroule sans incident majeur (deux bagarres, une calculatrice passée par la fenêtre et un dictionnaire déchiré).

10h45. Me voilà en salle de musique. Je n'y connais rien et cette classe est redoutable. Je crains le pire. Mais curieusement, ça se passe bien. N'ayant aucune idée de ce qu'ils doivent faire, je les laisse faire ce qu'ils ont de toute façon envie de faire : écouter leur MP3 pendant tout le cours. C'est de la musique, après tout. Ils me font découvrir certains morceaux. Souvent pas très séduisants d'ailleurs, mais bon... du coup, un d'entre eux (Ayokunle, une célébrité de l'établissement : cinq « rouges » à son actif cette année) me fait comprendre qu'ils m'offrent une semaine de répit : il y a des chances pour que, pendant 7 jours, je ne retrouve pas les cahiers déchirés dans ma salle le matin (pour les papiers gras on verra plus tard. Faut pas trop en demander).

11h30. Je reprends ma salle, un peu réconforté : je resterai plus tard ce soir pour les attendance checks, mais j'ai une petite chance d'arriver à compter jusqu'à vingt avec les 7OR. L'heure suivante est marquée par l'arrivée de deux élèves en cours de séance. Michelle n'en voulait plus, elle me les envoie. Ca marche comme ça. Moi ces deux là j'arrive vaguement à les gérer. Et puis elle m'a récupéré deux 9DR dont je ne voulais plus hier...

11h30. C'est (à nouveau) le jour où les 11FR passent leur « coursework ». C'est un devoir sur table, commun, qui compte pour l'obtention du diplôme national. Ils doivent écrire une rédaction de vingt lignes, en français. Avec dictionnaire bien sûr, et sur un sujet déjà préparé à la maison et en classe. Au bout de 45 minutes, les deux tiers rendent copie blanche, les autres ont gratté deux lignes. Sauf Danielle, qui a rempli cinquante deux lignes d'un charabia illisible. L'avantage, c'est que ça sera vite corrigé. L'inconvénient, c'est qu'après-demain ils recommenceront le même devoir sur le même sujet : c'est déjà la cinquième fois et la direction ne validera les résultats que quand ils auront la moyenne académique (c'est à dire un pourcentage de réussite de 17%. On va y passer l'année).

12h15. Pause, enfin. Je vérifie la troisième cover sheet de la journée : après-midi normale. En même temps, j'ai cours les deux heures, je ne vois pas pourquoi je m'inquiète. Pique-nique en salle des profs avec les collègues. C'est le moment détente.

12h25. Je suis en salle de département (« salle des profs de langues ») pour remplir mes attendance checks : sur ces formulaires, je demande aux profs principaux des élèves qui n'étaient pas à mon cours hier s'ils étaient présents lors de l'appel du matin. (S'ils étaient absents, c'est normal qu'ils ne soient pas venus à mon cours. Sinon, c'est à moi de découvrir où ils étaient et ce qu'ils faisaient). Suite logique : je lis les retours de la veille. Stephen était là le matin. Bon... plus qu'à mettre la main sur Stephen. Je vais voir au réfectoire. Michelle est débordée. Elle a refusé les avances du proviseur la semaine dernière, du coup elle est on duty au ref tout le mois. La pauvre. Stephen est là. Il soutient qu'il était à mon cours hier, que je suis bigleux et que je l'emmerde. Je ne peux pas le coller : il n'y a qu'en cours qu'on peut donner cette sanction. Mais j'envoie une lettre à ses parents (en sachant que, de toute façon, ils ne la recevront pas).

13h00. Appel de l'après-midi. J'ai dix minutes pour souffler : je ne suis pas PP cette année.

13h15. Allons-y, c'est les 11MO. Alors bon, comme d'hab. Sauf que trois d'entre eux sont sous rapport. Deux verts, un orange. Quand un élève se conduit TRES mal (et après la série des colles, voir plus bas), on le met sur rapport vert. Pendant une semaine, chaque professeur indique comment l'élève s'est comporté. Si l'ensemble est correct, c'est fini. Sinon, il a droit au rapport orange pendant une semaine, puis au rapport rouge. Si à l'issue du rapport rouge ce n'est pas probant, le Proviseur envoie une lettre aux parents. Je remplis les rapports, et je suis surpris de voir que mes cours d'hier ont été remplis, alors que j'étais absent... Avec évidemment d'excellentes appréciations.

14h00. Dernière heure. Les 7AD sont à peu près sages. Ils travaillent relativement bien. Mais on est bloqués à douze parce que les autres classes 7 n'avancent pas. Alors on a déjà fait des lotos à n'en plus pouvoir, compté tout ce qui peut se compter dans la classe, récité les nombres à reculons... Je prends le risque d'aller jusqu'à vingt. Tant pis si les collègues râlent.

15h00. J'attends les collés du jour. Quand un élève est collé, il doit rester quinze minutes de plus le soir, avec le prof qui l'a collé. Et je suis obligé de rester : si un élève se pointe au bout de 14 minutes, il est réputé ayant rempli sa sanction et je suis sanctionné à mon tour pour service non fait. Le quart d'heure passé, j'attends ceux de la veille : quand on ne vient pas en colle, c'est doublé le lendemain. Puis encore doublé le surlendemain. Me voilà coincé dans cette salle pour une heure, à attendre des élèves dont je sais qu'ils ne viendront pas. Pour m'occuper, je range. Je trie les cahiers par ordre alphabétique (même si je sais dans quel état je les retrouverai demain). Je ramasse les papiers gras. J'écris le premier cours de demain au tableau... Tout ça ne sert absolument à rien, mais faut bien s'occuper, et je ne peux pas encore préparer mes cours de demain : ça ne dépend pas de moi.

16h00. Réunion de département. Tous les profs de français se retrouvent pour voir ce qu'on a fait aujourd'hui. Il faut qu'on aille tous au même rythme sur les mêmes documents, puisque on échange des élèves et qu'on se remplace les uns les autres... Je me fais enguirlander pour être allé jusqu'à vingt avec les 7AD. Les 7OR en sont à douze, il ne faut as qu'ils aillent plus vite que les autres. En revanche, les 11MO sont en retard. Tout le monde va devoir ralentir demain pour les attendre. Maintenant, je sais quels cours je dois préparer pour demain. Ca m'aurait occupé de le savoir à 15h...

17h00. Fin de la réunion. On se précipite tous sur l'ordinateur pour taper les rapports de la journée (élèves ayant séché, bagarres, insultes, calculatrices volantes, livres abîmés, incidents graves survenus en cours ou pendant les duties...). On est cinq, chacun a huit rapports à taper. Michelle passe en premier : par accord tacite, celui qui est on duty au ref a la première place. Je n'ose pas passer devant Ghania : sans elle j'aurais perdu un jour de paie ce matin...

18h10. Fini. Je peux rentrer préparer mes cours de demain. Une journée sans histoire. Pourvu que demain se passe aussi bien.


Paru dans l'Echo d'Uhry, journal syndical de mon lycée
Par jfmop
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