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billets d'humeur

Jeudi 10 septembre 2009
Bernard Pivot et François Rollin se sont lancés (chacun de son côté) dans la noble tâche de sauver des mots et expressions de la langue française. C'est très bon et très beau, mais puisque le créneau est pris, je voudrais m'attaquer à une tâche bien plus à ma portée: une croisade contre les expressions qui ne veulent plus dire ce qu'elles voudraient dire.

Aujourd'hui, je souhaite m'attaquer à l'expression "comme une lettre à la poste". Dans mon bureau de poste, ils ont récemment refait toute la décoration. C'est à dire qu'ils ont en fait retiré la plupart des informations affichées pour faire de la place à des panneaux publicitaires et des présentoires de produits dérivés...

Avant, il y avait trois guichets, dont deux au moins d'ouverts, et il fallait choisir sa file pour faire la queue. Bon. Maintenant, il y a quatre guichets, dont deux au plus d'ouverts, mais on ne choisit plus sa file. On tire un numéro en entrant, et on attend que son numéro soit appelé, histoire de se rappeler les bons moments passés à poireauter à la CAF ou à la préfecture.

En plus, il y a un guichet automatique, toujours en panne, pour affranchir soi-même son courrier avec des vignettes pas jolies qui remplacent avantageusement les timbres.

Ce qu'on ne trouve pas dans mon nouveau bureau de poste, en revanche, c'est une boîte aux lettres. Quand donc on souhaite affranchir une lettre, il faut d'abord aller au guichet automatique, constater qu'il est en panne, puis prendre un ticket, attendre trois quarts d'heure pour achetre son timbre, et enfin sortir du bureau de poste pour se rendre à cinquante mètres de là poster sa lettre...

Personnellement, j'en ai un peu assez. Alors j'achète mes timbres dans des endroits que je ne fréquentais pas jusqu'à présent: les tabacs. Depuis qu'il est interdit de fumer dans les lieux publics, les buralistes font des efforts louables pour se montrer plus aimables que les postiers (en même temps, c'est pas bien difficile). L'ennui, c'est quand on doit envoyer une lettre qui pèse plus de vingt grammes... dans ce cas, il faut repasser par la poste, constater que les tarifs ne sont plus affichés (parce qu'il a fallu faire de la place à la pub) et que le guichet automatique est en panne, etc...

"Comme une lettre à la poste"? Quand on voit la difficulté que cela représente de mettre une lettre à la poste, il est difficile de croire que cette expression signifie "facilement, rapidement, sans la moindre entrave". Et je ne reviens pas sur le sort qui sera fait à la lettre ensuite. Au terme des trois semaines qu'il lui faut pour franchir vingt kilomètres, ses chances d'arriver ouverte ou abimée sont loin d'être négligeables.

Je propose donc de faire un sort à cette expression, qui s'apparente à de la publicité mensongère. Cette expression pourrait par exemple être remplacée par une autre expression, tout aussi imagée, mais plus conforme à la réalité (et qui de surcroit défend des métiers en perdition et des belles traditions à sauver): "comme papa dans la bonne". C'est plus classe, quand même!

Si j'ai d'autres bonnes idées, je ne manquerai pas de vous en faire part...
Par jfmop
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Samedi 7 mars 2009
     Remarques liminaires:  *j'utilise le terme de pédé, parce que c'est sans doute celui qu'il aurait utilisé, lui. Par provocation, et parce qu'il n'avait pas peur des mots.
                                   *Il ya 15 ans de cela, j'ai fait un mémoire de DEA sur la politisation des mouvements gays. Je connaissais donc déjà un peu le sujet avant la sortie du film.

     L'Amérique d'Obama ose montrer que le problème racial n'est pas le seul problème de discrimination aux Etats-Unis. Les homosexuels aussi ont dû se battre pour leurs droits civils. Sauf que dans leur cas la discrimination n'est pas basée sur une couleur de peau mais sur ce que beaucoup, aujourd'hui encore, considèrent comme une totale immoralité, une déviance perverse.
      Le scénario est très habile, et crédible d'un point de vue historique. J'ai évidemment beaucoup apprécié la façon dont les fondamentalistes chrétiens, réactionnaires et intolérants au possible, sont fustigés. Il faut noter que le personnage de White, l'assassin de Milk, est représentatif. Au nom de valeurs morales et d'un Dieu terroriste, on tue ceux qui ne sont pas d'accord avec les préceptes les plus rétrogades d'une religion en mal de croisade et de chasse aux sorcières. Cette vision du monde est assez (trop) largement partagée par les américains en général: White n'a fait que cinq ans de prison pour ses deux meurtres. C'était il y a trente ans, certes, mais le gay-bashing était encore à la mode il y a quinze ans, et je ne suis pas persuadé que l'Amérique de Bush soit plus ouverte. L'ère Obama va-t-elle nous montrer un visage plus humain?
        Les homos sont dans l'ensemble bien présentés, mais trop facilement assimilés aux hippies à mon sens. Les tenants de la ligne plus discrète et respectable sont un peu rapidement caricaturés. Certes, ils étaient moins visibles, mais ils ont joué un rôle dans le mouvement gay. Car si Harvey Milk a été un personnage emblématique, il n'était pas non plus le seul leader gay. L'arrivée d'une gouine dans l'équipe, qui correspond effectivement au moment où les gays et les lesbiennes ont fini par s'allier, marque un grand bond en avant, et c'est en bonne partie grâce à elle que Milk réussit... C'est heureux, et ça montre que c'est en mettant leurs propres préjugés de côté que les minorités ont des chances de réussir.
        La réalisation, dans l'ensemble, est convaincante, quoique les effets pour vieillir l'image et lui donner un cachet d'image d'archive ne me semblent pas nécessaires. Le côté "that 70s show", sans l'humour, donne l'illusion que tout cela est passé, révolu. Et, d'une certaine façon, kitsch. De même, certaines scènes de baiser s'éternisent un peu. La complaisance du réalisateur déssert un peu son propos à mon sens. Il s'agit indiscutablement de la réalité des rapports amoureux entre hommes, mais il me semble que certaines longueurs étaient évitables. L'homosexualité est plus facile à défendre quand on met en avant les points communs entre tous les hommes que quand on insiste lourdement sur leurs fesses.
           Le choix des acteurs, enfin, est judicieux. La dernière séquence, qui montre les protagonistes historiques en regard des acteurs qui tiennent leur rôle, met en avant leur ressemblance physique. Mais le jeu des acteurs est irréprochable, je n'ai relevé aucune fausse note.
            L'inconvénient majeur du film, mais il est impossible de faire autrement, c'est qu'il nous parle des rouages d'un système politique qui n'est pas le nôtre, et que nous ne connaissons que très peu. Le terme de "conseiller municipal"  (traduisant "supervisor") pour désigner Milk est discutable. C'est un peu un maire d'arrondissement comme on en a à Paris. Mais pas tout à fait non plus. Bref: difficile de bien comprendre le rôle et le poids politique que cela représente.
Par jfmop
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Lundi 2 mars 2009
     Lancelot, le premier chevalier. Bon. Le scénario est déjà un peu discutable. La légende arthurienne est à tout le monde, et elle a été récupérée, remaniée, assaisonnée à toutes les sauces. Mais quand même. Une des grandes constantes de toutes les versions, c'est la fin. Arthur sur sa barge avec trois silhouettes féminines. Là, on le pose sur un radeau qu'on enflamme ensuite, à la mode viking. Alors qu'on a clairement dit à plusieurs que c'était un roi très chrétien. Et puis Lancelot survit à Arthur, qui lui a confié Guenièvre. J'imagine qu'ils vont vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Dont l'aîné deviendra roi. Car l'autre particularité de la légende, quelle qu'en soit la version, c'est qu'elle marque le passage d'une époque à une autre, avec la Terre qui se retrouve sans roi. L'héritier, Gauvain (qui joue ici un figurant) étant mort dans la quête du Graal. Comme cet Arthur-ci ne cherche pas le Graal, ça complique un peu tout... mais ça explique pourquoi il n'y a pas les fameuses trois femmes sur sa barge: ni Morgane, ni Viviane, ni Ygraine, (ni Merlin)...
      Mais le pire, c'est sans doute les décors et les costumes. Difficile de savoir à quelle époque on se trouve. John Boorman avait adapté l'histoire en la transposant au XVIème siècle. Ca vaut ce que ça vaut, mais au moins l'ensemble est cohérent. Là... Les intérieurs sont romans, les extérieurs gothiques dans certains bâtiments, et l'inverse dans d'autres. A Camelot, les grandes fenêtres sont fin XXème siècle. Alors disons que la légende est atemporelle, éternelle... avec des croix celtiques dans des églises gothiques. Comme ça, on peut aussi se débarasser des costumes. Les paysans sont vêtus comme à la fin du Moyen-Age, et les chevaliers... ben, les chevaliers, ils portent un joli uniforme de police du XXIIème siècle, sans armure, avec un casque. Lequel est le Chevalier au Lion, lequel le Chevalier Blanc? Aucun, ils sont tous bleus. Et ils mlettent des beaux costumes de dressage canin pour "courir la boulie" sur un invraisemblable parcours digne d'Indiana Jones.
     Alors disons que... et que... licence poétique, licence poétique. Et Excalibur, dans tout ça? Elle ressemble aux autres épées, et un gros plan nous montre bien qu'elle porte une croix sur son pommeau. Une croix. Excalibur. Dans les versions païennes, elle vient du Dragon (les puissances divines), par l'intermédiaire de la Dame du Lac. Et elle n'a certainement pas une croix chrétienne en décoration. dans les versions chrétiennes, c'est l'épée du roi Salomon. Qui vivait douze siècle avant Jésus...
     Ah! Mais, personne n'a dit que c'était Excalibur! En fait, cet Arthur n'a ni soeur, ni famille, ni épée, ni enchanteur... ni voix. Parce que Sean Connery, je l'aime bien, mais la voix qu'ils lui ont donné dans la version française! Franchement, ils auraient pu faire mieux!
     Alors voilà... j'aime beaucoup Sean Connery, et Julia Ormond est sublime dans ces costumes. Pour ces raisons et par charité, je m'arrête là. Encore un film qui aurait pû être réussi, si les producteurs avaient engagé un costumier et un décorateur au lieu de designers. Et peut-être quelqu'un qui a lu les légendes. Parce que Disney est plus crédible sur le contenu. C'est dire...
Par jfmop
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Mercredi 28 janvier 2009
     Nous croisons tous, tous les jours, des véhicules de société qui affichent fièrement le nom et les coordonnées de leur entreprise. C'est une façon de se faire connaître, de faire de la publicité à moindre coût...
     Il y a quelques années, les media s'étaient largement fait l'écho d'un amusant sondage qui affirmait que "93% des conducteurs se disent courtois au volant". Pas de chance, je ne tombe en général que sur les 7% qui restent. Encore que... se dire courtois et être courtois sont deux choses bien distinctes.
     Ce que je trouve profondément aberrant, c'est quand ces deux paramètres se croisent. Quand un conducteur particulièrement mal embouché vous fait une queue de poisson, refuse une priorité, grille un feu, manque renverser un piéton... avec un véhicule de société. Cela revient à dire clairement: "la société Truc, joignable à telle adresse et tel numéro, n'en a rien à foutre de vous". Ils pourraient aussi bien choisir un doigt dressé comme logo...
     Je me demande si ce genre de publicité est rentable. Avec moi, c'est radical: je boycotte systématiquement les entreprises qui se montrent ainsi abjectes avec les autres. Mais comment les employeurs peuvent-ils ne pas voir à quel point engager des conducteurs dangereux et teigneux peut nuire à leur image?

     En même temps, la logique publicitaire de certaines entreprises me déroute. Il y a environ 20 ans, Mamie Nova était une grande marque de produits laitiers. Ils communiquaient sur le créneau "les mamies ne lui disent pas merci", parce qu'elle faisait des yaourts meilleurs que ceux de mamie. L'idée était bonne, décalée, et le deuxième degré fonctionnait à merveille.
     Puis, pour des raisons qui m'échappent, ils ont voulu innover en lançant une autre campagne. On y voyait des enfants déformés (comme à travers le judas d'une porte), laids et effrayants, avec des slogans comme "ma mamie, elle est dans le frigo". J'ai beau comprendre le deuxième degré, j'ai l'impression que cette campagne manque totalement son coeur de cible. Pire: elle rebute et dissuade la plupart des habitués de la marque.
     Les chiffres de vente ont baissé. De plus en plus, de plus en plus vite. Mais Mamie Nova s'est acharnée à continuer sur le même créneau. Des erreurs publicitaires et des campagnes contre-productives, on en a vu. Mais normalement quand on voit que ça ne marche pas, on fait machine arrière. Mamie Nova s'est entêtée jusqu'à ne plus représenter qu'une infime partie du marché. A ce jour, je ne comprends toujours pas ce suicide publicitaire. Le PDG est sûrement parti avec une belle indemlnité.
    
     Vingt ans après, on continue à voir les mêmes erreurs. Les grandes sociétés ont compris, et évitent soigneusement toute forme de publicité amusante, décalée, ironique, faisant appel au second degré. On reste bien politiquement correct et gentillet, avec des messages accessibles aux plus abrutis.
     Mais les très nombreuses petites entreprises continuent à faire de la contre-publicité pour elles-mêmes, en se montrant sur les routes dans des comportements méprisants et dangereux. Elles se petit-suicident. Tout cela me dépasse.
Par jfmop
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Jeudi 1 janvier 2009
      C'est la fin de la pub sur France Télévision. Et c'est la révolution...
      Je me souviens d'un temps où les programmes du soir commençaient à 20h30. Tout le monde s'accorde aujourd'hui à présenter comme archaïque cette époque lointaine, où les enfants pouvaient se coucher à une heure décente et être en forme le lendemain matin à l'école.
      Entretemps, j'ai vu arriver la multiplication des pubs. D'abord, on a fait de la météo un programme à part, histoire de le faire précéder et suivre d'un écran de pub. Puis, on a fait des bandes annonces de plus en plus sophistiquées, considérées là encore comme des programmes courts, que l'on fait précéder et suivre d'un écran de pub.
      Et voilà le programme à peu près habituel sur toutes les chaînes aujourd'hui : journal, pub, météo, pub, état des routes, pub, bande annonce, pub, programme du soir. Entrecoupé de pubs si on est sur une chaîne privée.            
      D'ailleurs la bonne nouvelle, avec le changement qui point, c'est que cette pub qui nous manquera tant sur France Télévision, nous en auront une dose supplémentaire sur les chaînes privées. Car elle nous manquera, cette pub. Pas la pub marrante, osée, créative et décalée qu'on voyait il y a une dizaine d ‘années. La bonne pub cucu institutionnelle et lobotomisatrice.
      Le financement de France Télévision va donc poser problème. La taxe sur la pub des chaînes privées (il fallait oser !) n'y suffit pas. On va taxer le téléphone. Surement parce que ça commence par télé aussi.
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que ce manque d'argent va CONTRAINDRE le service public à ne plus imiter le privé. Il va falloir penser autrement, ne plus concevoir des décors pharaoniques pour le moindre jeu, inventer des émissions d'access prime time qui ne copient pas les deuxièmes parties de soirée de TF1... et d'une certaine manière, ce n'est pas plus mal.
       Lorsque Claude Allègre, alors ministre de l'éducation, avait lancé son slogan : « il faut dégraisser le Mammouth», j'approuvais. J'ai vu dans l'éducation nationale des sommes colossales jetées par les fenêtres. J'étais persuadé qu'il y avait moyen de faire mieux pour moins cher. Seulement, en guise de dégraissage du mammouth, on a fait le contraire. On a dépouillé le mammouth de ses os et de ses muscles, ne laissant que la graisse, et pour qu'il continue à tenir debout on a même gonflé l'enveloppe vide avec encore plus de graisse et pas mal de fumée. Alors quand je dis « d'une certaine manière, ce n'est pas plus mal », c'est d'une certaine manière seulement.
      Que va-t-il advenir de France Télévision ? Je veux croire qu'il y a suffisamment de créateurs inventifs pour combler les trous. En face, l'attitude de TF1 me paraît sidérante. Ils n'avanceront pas leurs programmes et continueront à les démarrer à 20h50 (enfin... sur papier. Je ne compte pas le nombre de jours où 20h50 se transforme en 21h, sans qu'aucun bouleversement de dernière minute soit venu chambouler les programmes). Autrement dit, plutôt que de « reporter » les pubs au milieu des films, ils vont AJOUTER des pubs dans les films. Et continuer à obliger les jeunes à se coucher de plus en plus tard (les films finiront plus tard, plus qu'ils seront coupés par plus de pubs). C'est la contribution de TF1 au dégraissage du mammouth.
      La question est assez simple : les Français vont-ils se laisser séduire par des programmes intelligents et novateurs, malgré l'absence de strass et de paillettes, ou vont-ils s'accrocher à TF1, qui diffusera quelques écrans de programmes entre les pubs ? Et ces programmes intelligents et novateurs, nos professionnels de l'audiovisuel sont-ils encore capables de les créer ? Notre civilisation est condamnée à un sursaut d'intelligence ou à un long engourdissement cérébral. Va-t-elle disparaître avec la pub ? Ce serait une belle métaphore de ce qu'elle est devenue.
Par jfmop
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