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Samedi 24 janvier 2009
      Je sortais de l'adolescence. J'avais bien une petite amie, et nous faisions régulièrement l'amour. Cependant, nous parlions peu de ces choses là : dans l'ensemble, c'était un peu toujours la même routine. Nous tentions bien une nouvelle position ou un geste encore inédit pendant les ébats, mais sans en parler ou presque. J'ignorais beaucoup d'elle et des femmes en général.
      Un après-midi, j'étais passé voir Laurence. C'est une fille qui a beaucoup compté dans ma vie. Nous sommes sortis ensemble plusieurs fois pendant l'adolescence. C'est la première fille que j'ai embrassée sur la bouche, et je serais incapable de me souvenir du nombre d'occasions que nous avons ratées de passer aux choses sérieuses. Elle m'aimait bien et était fière de me présenter à ses amis. Etudes prestigieuses, culture générale très vaste... Elle trouvait que je faisais forte impression.
      Je venais donc ce jour là comme à l'habitude, m'attendant à croiser deux ou trois personnes assez sympa et faciles à épater, ce qui me permettait de me mettre en valeur à moindres frais. Mais ça ne s'est pas passé tout à fait comme je le pensais...
      Il y avait là sept autres filles. J'étais le seul garçon. Nous nous sommes installés dans la chambre de Laurence, qui assis sur le lit, qui assis sur le bureau, qui vautré par terre. Très vite, je me suis fait voler la vedette par la plus jeune demoiselle de la bande, une très charmante créature de seize ans, qui venait tout juste de connaître sa première fois... Au départ, sa voisine lui a simplement demandé en aparté comment cela s'était passé, et très vite toute l'assistance était suspendue à ses lèvres.
      J'étais terriblement gêné mais curieux. Jamais je n'avais entendu une fille parler de sexe. Ma présence me semblait incongrue. Comment pouvait-elle décrire ces instants en présence d'un mec qu'elle ne connaissait pas ? Je me suis fait tout petit, par pudeur et parce que, à sa place, j'aurais sans doute été embarrassé. Evidemment, j'écoutais avec attention. C'était l'occasion de savoir ce qui se passait de l'autre côté du miroir...
      Ses camarades et elle ont commenté la « performance » du jeune homme de façon assez crue et cruelle. « Il arrivait pas à bander »... « Il aurait pu se retenir un peu plus»... « De toute façon les mecs savent pas faire jouir les filles la première fois »... A ce moment là, j'ai senti en moi une forme de solidarité masculine dont j'ignorais l'existence, et qui rétrospectivement me semble plus égoïste que fraternelle. Moi non plus, la première fois, je n'avais pas réussi à bander. Moi non plus, je n'avais pas fait jouir ma copine. D'ailleurs, je m'apercevais que j'étais absolument incapable de dire si, depuis, je l'avais fait jouir vraiment, ni combien de fois, ni comment... Et ces commentaires des actes d'un autre m'ont mis face à mes propres actes.
      J'ai progressivement pris conscience de la responsabilité des hommes envers leur partenaire. Jusqu'à lors, il me semblait naïvement qu'il suffisait de pénétrer et de limer un peu. Moi, je prenais mon pied, donc ma partenaire aussi. Elle ne s'était jamais plainte, n'avait jamais demandé autre chose... Donc je devais tout faire bien. Forcément.
      Les autres se sont mises à tour de rôle à raconter elles aussi leurs premières fois et leurs expériences les plus décevantes. Et au fil de la conversation, je me décomposais. Je ne connaissais aucune d'elles (à part Laurence), mais toutes décrivaient des comportements si proches du mien que ça aurait pu être moi... Et les reproches m'atteignaient directement. « Les mecs veulent toujours qu'on les suce, mais quand il faut venir nous lécher ils veulent pas... ». « Ils savent pas caresser et faire monter le désir, c'est juste baiser et se vider les couilles. Aucune douceur »...
      A ce stade de la discussion elles m'avaient complètement oublié. Jamais de ma vie je n'avais entendu des mecs parler aussi clairement et crûment de leur sexualité. Etre vulgaires et grossiers, oui, mais décrire leurs ébats et performances... Avec un tel luxe de détails... Moi qui croyais que les filles étaient des créatures angéliques ! Non seulement je n'épatais personne aujourd'hui, mais j'avais l'impression de passer pour un tocard fini. Heureusement, personne ne semblait remarquer ma présence.
      La plus jeune (celle par qui tout arrive...) a exprimé sa déception de voir que l'amour était si peu satisfaisant physiquement. Une de ses copines lui a dit qu'elle n'avait jamais connu l'orgasme avec son mec, et qu'elle était obligée de « se finir » devant lui.
      Cette réplique m'a choqué. D'abord, je n'avais jamais imaginé que des filles puissent se masturber. C'est absolument débile, je sais, mais je ne m'étais jamais posé la question. De plus, l'idée qu'une fille puisse faire « ça » devant quelqu'un... Jamais je n'aurais osé me masturber devant ma copine. Et pour couronner le tout, elle en parlait ainsi, en public, sans aucune gêne. (Je commençais d'ailleurs à trouver tout cela un peu castrateur et vexant:  je sentais bien que c'était une conversation entre filles, et ma virilité était mise à rude épreuve ; je n'existais pas).
      Et voilà que la discussion a dérivé sur la masturbation. Ces demoiselles se sont mises à décrire et comparer leurs techniques. Une aimait s'introduire deux doigts dans le sexe en agitant son clitoris. Une autre s'allongeait sur le ventre, les doigts de part et d'autre du sexe, et ondulait du bassin pour se frotter. Une autre encore alternait les mouvements circulaires rapides et les longues caresses de l'intérieur des lèvres... Je bandais à n'en plus pouvoir, et je pense que je n'étais pas le seul à apprécier ces instants.
     Mentalement, je prenais des notes : je comptais bien faire le nécessaire pour être mieux que tous ces types qu'elles assassinaient en paroles. Caresser ma copine, la lécher, la masturber (en essayant toutes les méthodes une à une). On ne dirait plus de moi ce qu'elles étaient en train de dire des hommes.
      A ce moment là Laurence (chère Laurence !) m'a directement apostrophé pour me demander comment je faisais, moi. Tout le monde, moi y compris, est revenu sur terre d'un seul coup. C'était comme si je venais d'apparaître dans la pièce. Certaines filles se sont mises à rougir, d'autres à sourire parce que moi-même je devais être pivoine. Cet instant interminable où les yeux étaient fixés sur moi, ces regards inquisiteurs de juges intraitables, et où on m'a demandé de m'exprimer, je ne les oublierai jamais. Je ne crois pas avoir connu autant de trac dans ma vie. Mon érection est tombée d'un coup d'un seul.
      Le plus étrange est qu'à aucun moment je n'ai envisagé de nier. J'aurais pu prétendre que je ne me masturbais pas. Mais cette réponse, en contexte, aurait paru totalement invraisemblable et... ridicule. Tout le monde tenait pour acquis que je me masturbais, comme elles toutes. Et dans une inversion des valeurs qui me faisait voir que j'étais effectivement passé de l'autre miroir, il m'est apparu que si je n'avais pas parlé de ce geste pourtant tellement intime et personnel que je ne l'avais jamais évoqué avec ma chérie, alors j'aurais été indécent et déplacé. Seulement, que dire ? Face à la variété des méthodes pratiquées par ces demoiselles, il me semblait que les hommes ne pouvaient opposer qu'une seule et unique manœuvre : on serre et on agite...
      Ma réponse, évidemment laconique et minimaliste, ne les a pas contentées. L'une d'entre elles (que je n'ai jamais revue mais dont le nom reste à jamais gravé dans ma mémoire) a alors « proposé » cette idée surréaliste : « Si il (on ne me parlait pas directement. Elle s'adressait à ses copines, je n'étais que l'objet de la discussion) ne peut pas mieux nous expliquer, il n'a qu'à cas nous montrer ».
      Cette suggestion a soulevé l'enthousiasme de ses voisines. Toutes ont trouvé cette idée excellente, et j'ai été sommé de me mettre à poil. Là encore, l'atmosphère était irréelle. Je savais, intellectuellement parlant, qu'il m'était possible de refuser. Mais j'éprouvais une gêne morale, une sorte de scrupule indéfinissable qui faisait que ne pas me déshabiller aurait été indécent. Par respect pour elles, pour moi, pour les valeurs de bien et de mal, c'était la chose la plus... raisonnable.
      En enlevant mes vêtements, j'étais assailli de sentiments contradictoires. Quelque chose en moi disait qu'il n'était pas normal qu'un homme se désape devant des filles, alors qu'une fille qui se serait dévêtue devant un public masculin ne m'aurait pas semblé déplacée... Du coup, mon comportement n'était pas celui d'un vrai mec. Etais-je gay ? (Quelle drôle d'interrogation, entouré de huit filles que je désirais). Cela étant, elles ne sont pas comportées comme les publics de mecs avinés qui hurlent des insanités en guise de compliments aux strip-teaseuses. Sous la pression, je ne bandais pas. La peur du ridicule a des effets secondaires. Pourtant, j'étais très excité.
      Debout au centre de la pièce, j'ai commencé à masturber mon membre flasque, qui a commencé à prendre un peu de volume. Petit à petit, les regards fixés sur ma bite ont produit leur effet. Aucune ne regardait mon visage. Cela m'a rassuré et j'ai durci. Le plaisir montait. Se masturber debout, c'est déjà compliqué. Mais le faire devant huit paires d'yeux inconnus de filles excitantes et excitées, c'est une expérience troublante. Deux d'entre elles ont passé la main dans leur culotte... Je les voyais s'agiter et j'ai accéléré. Mais au moment d'éjaculer, je me suis retenu : après leurs discours, il me semblait confusément qu'il était de mon devoir de tenir plus longtemps qu'elles. J'ai ralenti et j'ai passé ma main sur le gland, paume vers le bas, pour calmer l'afflux sanguin. La jeune fille qui avait lancé le jeu a rompu le silence : « Ah ! Mais si ; il fait d'autres mouvements. Il a voulu nous le cacher, le coquin ». Vexé, j'ai repris les va-et-vient sur la verge, mais le silence était rompu et elles se sont mises à commenter. « Il a une belle bite, quand même ». « C'est sûr qu'elle est plus jolie que tout à l'heure ». « Il a l'habitude, le cochon, regarde ça ». « En plus il se branle devant nous. Tu crois qu'il pense qu'il nous baise une par une ? ».
      Je ne tenais plus. Une curieuse alchimie de fierté, de honte, de désir de domination et de soumission mêlées, ajoutait à mon transport. Je me retenais de gémir, mais je n'osais plus m'arrêter. Une pensée m'a traversé l'esprit, sitôt chassée par le fantasme de l'une d'entre elles penchée en avant pendant que je la prenais en levrette, alors que sa copine me caressait les couilles : étais-je en train de tromper ma petite amie ? Je n'avais de relation sexuelle avec aucune d'entre elles (mais dans ma tête elles y passaient toutes). Pourtant, je me lâchais devant elles plus que je ne l'avais jamais fait avec ma chérie... Une autre inquiétude plus pressante s'est imposée de fait : j'étais à deux doigts d'éjaculer, et vue la situation je me doutais bien que je risquais de cracher une belle quantité... Mais je ne pouvais tout de même pas les asperger, ou gicler sur la moquette. Et il va sans dire que l'option la plus sage (tout arrêter là) n'était pas envisageable. J'ai dit « je vais jouir », en espérant que ce simple avertissement résoudrait le problème et que quelqu'un ferait le nécessaire à ma place. Je rêvais que l'une des filles s'agenouille pour m'offrir de me décharger dans sa bouche...
      Deux se sont bien approchées, mais pas pour m'aider. L'une a passé ses mains sur mes fesses en commentant « il a le cul tout contracté, ça doit être bon », et l'autre pour effleurer mes couilles du bout des doigts en disant « vas-y, montre nous comment tu jouis, cochon ». Je n'ai pu retenir ni un cri ni les jets puissants qui ont éclaboussé non seulement la moquette, mais les meubles et même le mur. Les jambes un peu molles, les mains poisseuses, j'avais soudain conscience de ce qui venait de se produire. Une des filles m'a offert des mouchoirs en papier, et a nettoyé mes débordements dans la pièce (les autres ne semblaient pas vouloir y toucher...).
      Puis, je me suis rhabillé et les filles se sont mises à parler d'autres choses. La conversation a pris un tour banal, presque anodin. Une heure après nous sommes tous rentrés chez nous, comme si rien ne s'était passé.
      Je n'en ai pas parlé à ma petite amie, ne sachant toujours pas si ce que j'avais fait entrait dans la catégorie tromperie. En revanche, et en partie pour me faire pardonner cette faute dont elle ignorait tout, j'ai décidé de changer un peu mes habitudes avec elle. C'est une histoire que je garde sous le coude pour l'occasion...
Par jfmop
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Mardi 14 octobre 2008

Lucie était belle, de cette beauté discrète qui exaltait sa quarantaine passée. Lorsqu’ils sortaient ensemble, son amant était fier de l’avoir à son bras, même s’il eut préféré qu’elle porte des toilettes qui mettent sa remarquable silhouette un peu plus en valeur. Il est vrai qu’il aimait la regarder. Il n’était pas rare qu’elle intercepte ses regards. Elle y répondait alors par un sourire parfois un peu gêné. Lui, prenait autant de plaisir à la caresser du regard que du bout des doigts. Il aimait le grain de sa peau, la douceur de ses courbes, le galbe de ses adorables petits seins qui remplissaient juste les paumes de ses mains. Souvent, le soir, dans le lit, comme une chatte, elle répondait à ses caresses en venant se lover contre lui.

Lucie était bien consciente de l’effet qu’elle produisait sur son amant. Elle en jouait volontiers. Ils avaient la photo comme passion commune. Il aimait faire des images de sa nudité, elle prenait plaisir à poser pour lui. Elle qui contrôlait tout dans sa vie, s’abandonnait alors avec délectation aux exigences de son amant. Il n’était d’ailleurs pas rare qu’une séance de photos finisse sur une note sensuelle ou que l’appareil intègre leurs jeux érotiques.

Ce fut le cas ce soir là où son amant lui proposa une séance des plus particulières. Il adorait saisir le moment où s’abîmant dans le  plaisir, le visage de sa partenaire trahissait l’abandon. A cet instant, les frémissements incontrôlables de son corps étaient ponctués par de petits cris. Il avait maintes fois fixé ces secondes fugaces, mais il ne se lassait pas de recommencer.

Il lui exposa donc les règles de la soirée.

Il s’allongerait sur le lit, nu, et serait complètement recouvert de l’étoffe qui leur servait habituellement de fond lors de leurs prises de vues. Deux petites fentes y seraient pratiquées : une pour son sexe, l’autre pour la télécommande infrarouge de l’appareil photo numérique qui serait posé sur un pied, face au lit, et dont le zoom serait réglé pour couvrir la totalité la scène. Afin de ne pas la gêner avec des coups de flash répétés, il avait créé un éclairage intime, tout en ombres, pénombres et lumières. Comme il savait qu’elle préférait les clichés en noir et blanc, il avait paramétré l’appareil dans ce sens.

Elle qui aimait diriger allait être ravie. Elle aurait le droit d’utiliser le désir de son amant à sa guise. La seule contrainte consistait à rester devant l’appareil tandis que totalement aveugle sous son drap, il ferait des images au jugé en appuyant régulièrement sur la télécommande. Heureusement, le boîtier Nikon était pourvu d’une carte mémoire de grande capacité. En revanche, et c’était un peu le défi, ni lui ni elle ne serait en mesure de préjuger du résultat avant la fin de leurs ébats.

Elle n’hésita pas longtemps. Après tout, il ne s’agissait que d’un jeu. Et l’idée de contrôler son amant avec sa bénédiction la séduisait assez. Ce serait un peu comme se caresser avec un jouet sexuel ; sauf que celui-ci réagirait à ses sollicitations.

Ainsi fut fait. Ils se déshabillèrent. L’homme s’allongea sur le lit, les pieds face à l’appareil. Délicatement, elle le couvrit avec la pièce de tissus sombre, puis l’aida à positionner la télécommande dans la fente idoine. Après quoi, elle fouilla sous l’étoffe et fit sortir le sexe déjà bien tendu de son amant. Pour s’assurer de la rigidité de son jouet, elle commença à laisser courir doucement sa main sur la colonne de chair. Instantanément, le souffle de l’homme s’accéléra tandis que le bruit significatif de l’appareil indiquait qu’une photo venait d’être prise.

Amusée, elle accéléra la cadence du va et vien. Cinq ou six clic-clac lui répondirent. Encouragée par les premiers résultats, elle s’enhardit : elle posa la langue sur le bout du sexe, le titilla quelques secondes, avant de l’enfourner dans sa bouche. Même s’il ne disait rien - cela faisait parti du jeu, il ne devait parler que si elle le lui demandait -, l’homme ne restait pas insensible au plaisir qu’elle lui procurait. Malgré le tissu qui le recouvrait, elle voyait son compagnon se raidir convulsivement entre deux soupirs appuyés.

Plusieurs images avaient été capturées. Si la présence de l’appareil l’excitait autant que l’état de soumission de son amant, elle n’y prêtait plus vraiment attention.

Après quelques minutes de ce traitement, l’expression du désir de l’homme était à son paroxysme. Il était prêt pour la suite. Elle l’enfourcha, face à lui, dos à l’appareil. Durant quelques instants, elle présenta le désir de son amant à son sexe en le frottant contre sa vulve déjà humide. Puis, quand elle se sentit suffisamment mouillée, elle se pénétra lentement en s’asseyant sur l’homme. Cette fois, c’est sa respiration à elle qui accéléra.

De temps en temps, elle prenait conscience des prises de vues qui défilaient, mais elle les oubliait aussitôt. Toujours empalée, elle résolue de se pencher en avant afin que l’appareil fixe quelques clichés de leur union. Pour augmenter la charge érotique de l’image, elle se cambra pour faire ressortir ses fesses et bien montrer le sexe de l’homme en elle.

Ce plaisir « solitaire » dura un long moment. Parfois, elle aurait aimé qu’il lui caresse les seins, lui pince ses mamelons turgescents ou la saisisse par les hanches pour accompagner les mouvements de son bassin. Mais ce n’était pas le jeu. Alors elle décida qu’il était temps de conclure, seule.

Pour autant, elle n’oubliait pas l’œil cyclopéen qui enregistrait ses moindres gestes depuis le début de cette étrange séance. Elle se retourna donc, face à lui, accroupie, assise dos à son amant qui continuait de gémir sous son drap, surtout lorsqu’elle le reprit en elle. Elle effectua quelques va-et-vient avant de basculer vers l’arrière, offrant ainsi son intimité à l’objectif. Les bras rejetés derrière elle, les mains en appui sur le torse de l’homme, ses petits seins pointaient crânement vers l’appareil, tandis qu’elle écartait encore un peu plus ses cuisses pour mieux se dévoiler.

C’est seulement alors qu’elle commença à se caresser doucement avec sa main droite en regardant fixement l’optique du Nikon, comme s’il s’agissait d’un voyeur. Le plaisir montait lentement, électrisant son corps qui, de temps à autre, comme doté d’une volonté propre, échappait à son contrôle, pour mieux se raidir sur le désir de son amant. Elle ponctuait ces instant d’abandon par des cris brefs, des râles ou de longs soupirs.

Puis le plaisir vint, puissant, implacable, dévastateur. Les prises de vue se succédaient aussi vite que possible, mais elle n’en avait cure, trop occupée qu’elle était à essayer de rester « en selle ». Pour finir, épuisée, les bras douloureux, elle résolue de se laisser aller et se coucha sur le corps frémissant de l’homme.

L’appareil aussi s’était tu. Ils découvrirent plus tard le message relayé par l’écran à l’arrière du boîtier : « carte mémoire pleine ».

Par jfmop
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Dimanche 5 octobre 2008

    Je le quitte. Je le quitte parce qu’il n’a pas su me tromper. En tout cas, pas comme il faut. De la façon dont il l’a fait, il m’a trompée moi, il l’a trompée elle, et il s’est trompé lui. C’est difficile à expliquer. Le plus simple, c’est sans doute de raconter son histoire à elle, pour que tout s’éclaire. Et parce qu’il faut bien une trace d’elle, quelque part…

    Elle, c’est April. Ou plutôt, c’était April. Une jeune anglaise de mon âge, dix-sept ans. On l’a enterrée hier, mais il n’y était pas. J’ai hésité à y aller, moi. Je me sens un peu comme une sœur pour elle, comme si un lien invisible et intangible nous rapprochait. Mais en même temps ça aurait été un peu indécent : je ne la connaissais pas. Elle aurait peut-être vécu ma présence comme une offense, comme si je venais la narguer.

    Non, je mens. Ce n’est pas pour ça que je n’y suis pas allée. Pas non plus à cause du prix du voyage. Elle méritait bien ce petit sacrifice. En fait, je n’ai pas voulu y aller. Parce que, finalement, peut-être que je la connaissais. Au moins, je la comprenais, mieux sans doute que la plupart des gens qui étaient autour d’elle, connaissaient son état civil, mais ignoraient son identité. Et je ne voulais pas savoir combien de personne viendraient. Ou ne viendraient pas. De son vivant, nul n’était là pour elle. Personne ne connaissait vraiment April. Pas même April. Et encore moins Antoine.

    Il y a six mois, je suis tombée par hasard sur les lettres qu’elle lui avait écrites. Je devais dormir chez Antoine, et pendant qu’il était chez le docteur j’ai voulu recopier un cours d’anglais que j’avais raté. J’ai cherché dans ses cahiers, et les lettres étaient là. Quelle drôle d’idée, de les cacher là. April était anglaise, alors il mettait ses lettres avec ses cours d’anglais. Ce n’était donc pour lui qu’une correspondante, qu’un exercice grandeur nature. Ma première réaction en les trouvant a été la colère, bien sûr, et de demander des comptes. Mais Antoine n’était pas là. Alors, j’ai voulu tout lire. Pour savoir, par vindicte, et parce que très vite, j’ai été intriguée. Je voulais les lire dans l’ordre, pour mesurer l’ampleur de la trahison d’Antoine.

    Elle parlait de confiance et de gentillesse, et demandait souvent des nouvelles de moi. Elle voulait me connaître, en partie je crois pour adoucir sa culpabilité. Elle ne demandait pas à Antoine de me quitter pour elle. Au contraire, elle ne voulait que son bonheur et le mien, et semblait toujours s’excuser de s’immiscer entre nous. Elle ne voulait que savoir, vivre par procuration, et m’enviait sans vouloir prendre ma place. Elle ne gardait que les sentiments, et plus d’une fois elle lui reprochait de ne pas être assez doux avec moi.

    Au début, elle répondait aux lettres d’Antoine un peu sur le même ton vaguement érotique. Elle disait qu’elle voulait le serrer dans ses bras et lui faire l’amour. Avec lui elle avait compris. Jusqu4à lors, elle avait connu beaucoup d’amants. Elle cherchait dans les étreintes fugitives et fougueuses un moyen d’allumer une étincelle de reconnaissance et d’amour chez eux. C’est curieux que chez l’homme, le chemin du cœur passe forcément par le sexe. Mais ça ne marchait pas. Tous ils partaient, aucun ne l’écoutait, aucun ne l’aimait pour autre chose que sa bouche généreuse et son ventre accueillant…

    Elle avait commencé tôt, très tôt. Dans son esprit, la confusion était née presque tout de suite. Sa mère avait accouché sous X. Elle s’appelait April parce qu’elle était née en avril. Son père, qui ne l’avait pas reconnue, avait tenté un temps de la soustraire à l’assistance publique, et l’avait recueillie avec sa femme et ses autres enfants. Mais très vite sa vie était devenue impossible. Criblé de dettes, harcelé par une femme acariâtre et des enfants qui maltraitaient cette fille étrangère au foyer, il n’en pouvait plus. Elle était trop jeune alors pour bien comprendre. Un jour, il était venu la trouver à la sortie de l’école. Il lui avait offert une trousse pour jouer au docteur, et lui avait dit qu’il partait, qu’elle ne le reverrait plus jamais. Et en effet il avait  disparu. Elle n’avait pas même une photo de lui. Sa belle-mère, qui n’avait aucune responsabilité légale, l’avait alors abandonnée. Elle avait quatre ans.

    Orpheline, elle avait été placée dans une famille d’accueil dont le « papa » l’avait violée. Elle acceptait ces assauts comme des preuves d’amour, elle qui n’en connaissait pas d’autre. Et puis ça la changeait des coups. Après, il était trop fatigué pour la battre.

    On l’avait changée de famille et elle s’était retrouvée chez un vieux couple très croyant, qui la culpabilisait sans cesse et ne lui montrait que froideur et distance. Chez eux, pas d’étreintes illicites. Pas d’embrassades licites non plus. Le contact physique était honni. Et elle qui ne connaissait que cette forme d’amour, en arrivait à regretter les viols et les coups. Au moins, avant, elle existait. Désormais, elle comptait moins que le bonhomme presque nu sur la croix au dessus du vaisselier de la salle. Lui, il avait le droit d’être presque nu.

    Le prêtre s’était montré moins distant. Et bien sûr, elle avait fait preuve de complaisance, et trouvait avec lui une forme de réconfort. En plus, il ne la battait pas.

    Un jour sa mère, sa vraie mère biologique, qui l’avait abandonnée, l’avait retrouvée. Plus par hasard qu’autre chose, d’ailleurs. Pour ses dix ans, elle état venue la voir. Elle lui avait dit que c’était une pute, que c’était pour ça qu’elle ne pouvait pas garder ses enfants. Elle avait dit « ses » enfants ; il y en avait d’autres. April avait une famille, des familles. Mais aucune famille. Et sa mère lui avait prédit qu’elle était fille de pute et qu’elle ne pourrait jamais devenir autre chose qu’une pute. Drôle de legs venant d’une mère qu’elle n’avait jamais revue, qui n’était venue que pour lui dire ça…

    Quand je lisais ses lettres, j’ai commencé moi aussi à me sentir coupable. Pas pour Antoine. Mais parce qu’à cause de moi, elle se sentait coupable encore une fois. Alors que, finalement, le seul à s’être mal comporté, c’était lui. J’avais décidé de ne rien dire avant d’avoir tout lu, et il m’a fallu plusieurs mois. Elle écrivait deux fois par semaine, des lettres interminables auxquelles Antoine répondait par de courts textes pornographiques. A chaque occasion, je fouillais ses cahiers pour me repaître des aventures de cette Cosette en vrai, de cette pauvre fille qui ne demandait qu’à aimer sans rien attendre en retour.

    Evidemment, elle avait sombré dans la drogue. Ce n’était qu’en rencontrant Antoine qu’elle avait décidé de tout laisser tomber. Elle s’est sevrée elle-même, à force de volonté, pour être digne de celui qu’elle voyait comme son sauveur, et dont elle n’exigeait ni fidélité ni rien. Elle ne voulait que lui parler et le regarder vivre.

    Au fur et à mesure des lectures, j’ai découvert qu’elle avait non seulement une grande sensibilité et une générosité vraie, mais une culture et des talents littéraires qui en imposaient. Ses professeurs ne voyaient en elle que son aspect : piercings, tatouages, mine défaite, indisciplinée et indomptable. Mais il m’a fallu longtemps pour m’apercevoir d’une évidence incroyable : elle écrivait en français. Et dans un très bon français, meilleur que celui que j’emploierai jamais. C’est d’autant plus idiot de la part d’Antoine de cacher ses lettres dans ses cours d’anglais.

    Son écriture était empreinte de poésie et de douceur. Car elle ne se plaignait jamais. Tout ça, toute son histoire, elle le racontait par touches éparses, sans misérabilisme. C’est moi qui ai reconstitué son parcours de façon plus linéaire. Pour elle, la chronologie n’avait pas d’importance. Elle était tout entière tournée vers l’avenir.

    Il s’est passé une chose étrange. Antoine m’avait cocufiée avec elle. Ils avaient couché ensemble, pas qu’une fois, et elle avait fait avec lui des trucs que je n’oserais même pas envisager en rêves. Mais quand j’ai lu cela, plusieurs semaines après avoir commencé à entrer dans son univers, je n’ai pas été jalouse. Au contraire, j’étais admirative, et peut-être un peu envieuse.

    C’était sa façon de rendre à Antoine ce qu’il lui apportait. Il lui avait donné l’espoir. Une raison de vivre, elle qui plusieurs fois avait tenté de se donner la mort. Mieux : une raison d’aimer la vie. Et comme Antoine es un homme, c’est par le sexe qu’il entend le mieux la gratitude. Elle était chienne avec lui parce que c’est comme ça qu’il était heureux, et qu’elle ne voulait pas que celui qui l’avait rendue heureuse soit malheureux.

    En lisant ses lettres, j’ai fini par… tomber amoureuse de son Antoine. Pas Antoine, je le connaissais bien et j’étais déjà amoureuse de lui. Non, l’Antoine de ses lettres, ce personnage fantasmatique qui la changeait en princesse. Le Prince Charmant. D’une certaine façon, j’enviais presque ses années de misère et de souffrance. Parce que personne ne sait ce qu’est le bonheur s’il n’a pas touché le fond. Je n’avais pas envie d’être malheureuse, mais de l’avoir été.

    Les réponses d’Antoine étaient décevantes. April avait la gentillesse de le remercier et de ne pas lui faire de reproches, mais il n’avait rien compris. Je me suis prise à avoir envie d’écrire à April, moi, de devenir son amie, son autre, sa confidente. Nous ne partagions rien mais je voulais me trouver des points communs avec elle, je voulais être aimée d’elle. Il me semblait que, comme moi je la comprenais, j’en étais plus digne qu’Antoine. Et cela n’a rien d’un désir homo. Grâce à April, j’ai compris que le sexe et les sentiments, s’ils peuvent parfois se superposer, ne sont pas toujours confondus.

    Je n’osais pas. Je voulais écrire à April, mais je n’osais pas. Comment dire que j’étais la régulière de son ami, la cocue de l’histoire, et que je l’aimais, que je voulais être son amie ? C’est trop difficile à expliquer. Alors, je ne l’ai pas fait. Je pense maintenant que j’aurais dû. Elle aurait sans doute compris : ce message, c’est elle qui l’adressait à Antoine, qui ne le comprenait pas. Elle aurait peut-être été soulagée d’être entendue, comprise.

    Au lieu de ça, j’en ai parlé à Antoine. Un jour, je lui ai dit que je savais qu’il avait une maîtresse, qu’il l’avait rencontrée en Angleterre, qu’elle s’appelait April et qu’elle lui écrivait. Tout de suite, il s’est braqué. L m’a dit qu’avec elle, ça avait été purement sexuel, qu’il n’y avait rien, que c’était fini, et qu’il était désolé, que si je voulais je pouvais me venger, mais il ne voulait pas que je le quitte. Quel imbécile ! Il n’avait donc rien appris ? Il n’avait pas compris que, si sa relation avec elle n’avait été que sexuelle, l l’avait trompée ? Comment pouvait-il croire que ce qui me gênait, c’était de savoir où il avait trempé son biscuit ? D’autant plus que, je le savais, April l’avait contraint à porter des capotes, qu’il ne voulait pas mettre.

    Il n’avait pas entendu April, et il ne m’entendait pas. Je lui reprochais de ne pas m’avoir présenté April, de m’avoir caché une âme hors du commun, que j’aurais aimé compter parmi mes amies. Il s’excusait de l’avoir baisée. Qu’importe, qu’il lait baisée ? Il n’était pas le premier. En revanche, il était le dernier : avec lui elle avait radicalement changé et ne cherchait plus à se donner par ce biais. Il l’avait sortie de la drogue, l’avait rendue à la vie, l’avait libérée. Ce qui me désolait, c’est qu’il avait fait ça sans moi. Et, pire, sans le faire exprès.

    J’ai essayé de lui expliquer, mais Antoine est obtus. Il continue à jurer ses grands dieux que plus jamais il ne couchera avec une autre fille. Mais moi je m’en fous maintenant. April m’a fait évoluer. Qu’il saute qui il veut, c’est pas le problème. Mais un type qui peut passer à côté d’une fille comme April sans la voir, un type qui peut sauver une fille aussi extraordinaire et qui ne s’en rend pas compte… Comment peut-il me comprendre, moi, en profondeur ? S’il n’est pas capable d’entendre April, il ne m’entendra jamais. Antoine n’est pas l’Antoine rêvé d’April. Il est comme tous les hommes qui lui sont passés entre les jambes.

    Un jour, fier de lui, il m’a annoncé qu’il avait rompu avec elle. Pour le prouver, il m’a montré sa lettre et l’a postée devant moi, malgré mes protestations. Il était cassant, insultant presque, blessant. J’ai tout fait pour le dissuader d’envoyer cette lettre. Au moins, s’il voulait rompre à tout prix, ce que je ne voulais pas, qu’il y mette un minimum de fromes ! Avec le temps et l’énergie qu’elle lui avait consacrés… Mais rien à faire. Antoine a envoyé sa lettre, et il était suffisamment con pour me présenter ce sacrilège comme une preuve d’amour.

    Et puis la semaine dernière, alors qu’il n’avait plus de nouvelles d’elle depuis des semaines (elle n’a pas répondu à sa lettre, préférant le laisser vivre sa vie plutôt que de s’accrocher à lui s’il ne voulait pas, comme la petite sirène du conte), il a reçu une lettre très courte. Elle venait des parents adoptifs d’April, qui avaient envoyé le même courrier à tous ceux dont l’adresse figurait dans l’agenda de leur fille. C’est à dire, en fait, très peu de gens. Par chance, j’étais là quand le facteur est passé. J’ai vu la lettre, il n’a pas pu me la cacher. Pire : il m’a annoncé avec fierté qu’il avait brûlé toutes les lettres d’April, qu’il n’en, restait rien, et qu’il allait brûler celle-là sans même l’ouvrir. Cette fois j’ai réussi à l’en dissuader. Alors, il l’a ouverte devant moi pour qu’on la lise ensemble.

    Le texte, très court, était en anglais. Il disait qu’April était morte, suite à une overdose d’héroïne, et qu’une cérémonie aurait lieu en l’église de… Suivait le programme de la cérémonie, qui semblait bien plus important aux yeux des auteurs de la lettre que le nouvelle en elle-même. Le ton était sec, comme dans la lettre d’Antoine, et sans appel. « Notre fille adoptive est morte d’une overdose d’héroïne ». Charmant.

    Antoine n’a pas versé une larme. Ca devait arriver, a-t-il dit. Moi, je ne crois pas que ça aurait dû arriver. Je me sens responsable. C’est à cause de moi qu’Antoine a tué l’Antoine d’April. Et qu’elle s’est tuée. Car pour moi cela ne fait aucun doute : ce n’était pas un accident. En lisant les faits divers anglais (je voulais voir si au moins elle avait eu les honneurs de la presse locale), j’ai découvert un détail dont personne n’a mesuré l’importance : April s’est donné la mort en s’injectant de l’héroïne avec une seringue jouet, comme on en trouve dans les trousses pour jouer au docteur.

    Ils s’étaient connus en avril, justement, lors d’un voyage linguistique. Antoine s’est intéressé à elle, comme tous les garçons, parce qu’elle portait des jupes courtes et qu’elle parlait français. Et parce qu’elle avait la réputation d’être complaisante. Elle avait flashé sur lui au premier regard. De cet instant, elle n’avait plus accepté les invitations des autres hommes ; elle s’était montrée amoureuse et dévouée, jusqu’à ce qu’il craque. Ce qui, si j’ai bien compris, a duré le temps de deux slows. Et nous sommes en novembre.

Par jfmop
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Samedi 20 septembre 2008
    Mes meilleurs potes s'appellent Christophe et Patrice. Ca fait des années qu'on se connaît, depuis qu'on est tout petits. Il y a deux ans, ils se sont mariés. Tous les deux (mais pas ensemble). C'est marrant : c'est moi le premier à avoir eu un enfant, et je suis le seul à ne pas être marié.
    Je ne crois pas au mariage. Il me semble qu'obliger les gens à s'aimer par contrainte légale est le plus sûr moyen de briser un couple. On jure de s'aimer encore dans quarante ans, comme si on pouvait avoir la moindre idée de ce qu'on ressentira dans quarante ans.
Et puis, c'est devenu une vaste hypocrisie : la durée de vie moyenne d'un mariage doit être de quatre ans, environ. Et pourtant les gens continuent à se marier. Parmi les gens, mes copains. Avant, ils partageaient mon point de vue sur le mariage. Mais leurs femmes, non. Alors, ils se sont mariés.
    Le premier, ça a été Christophe. J'ai beau beaucoup aimer Christophe, son mariage est un des pires moments de ma vie. On s'est fait chier comme jamais. Bon, un mariage, on s'emmerde toujours un peu. Mais là, il a cumulé tout ce qu'il fallait pour être sûr de le rater. D'abord, des cartons d'invitation sur papier 120 grammes, grand luxe, visiblement chers. Des formules bien traditionnelles, qui m'ont conforté dans l'idée que le mariage n'est pas une fête joyeuse, mais une institution. Il avait loué une salle dans un château et tout. Du coup, je me suis senti obligé, comme tout le monde, de sortir mon plus beau costume (non, d'acheter un costume).
    En arrivant devant la mairie, les femmes se regardaient toutes un peu de travers, cherchant visiblement le moyen de critiquer les autres, qui n'auraient pas été assez apprêtées, assez protocolaires. Patrice et moi, on s'est mis ensemble, en partie parce qu'on ne connaissait personne d'autre, à part quelques membres de la famille de Christophe, qu'on n'aime pas plus que ça. Pour la cérémonie à la mairie, ils avaient été raisonnables : soixante personnes seulement. Le maire s'est écouté parler, solennel, comme s'il présidait aux destinées du monde. Il a lourdement insisté sur l'obligation de fidélité. Pourquoi cette insistance ? Il a des problèmes avec sa femme ? Les témoins ont signé. Patrice et moi n'en avons pas parlé. J'avoue que j'ai été un petit peu vexé que Christophe ne me choisisse pas. Je sais que je ne crois pas au mariage, mais bon ça aurait été sympa. Ou au moins Patrice. Mais voilà : sa femme a un frère. Le maire a empoché sa petite enveloppe, pourboire républicain.
    A la sortie on a fait la photo de groupe avec les mariés devant. Le photographe, qui n'avait pas tout compris, a absolument voulu que mon fils figure au premier plan, avec les époux. Tout le monde jouait discrètement des coudes pour être bien placé, la tante Machine ne voulait surtout pas être moins bien placée que sa cousine Bidule... Sourire feint, flash. Dès que le cliché est pris, le groupe s'éparpille. On se précipite vers l'église, parce que là aussi il faut être bien placé.
    Pourquoi diable Christophe s'est-il marié à l'église ? Il n'y croit pas plus que moi, c'est à dire pas du tout, et sa femme non plus. Mais les parents ont voulu un vrai mariage, et un vrai mariage c'est à l'église. Ca fait cérémonie, c'est impressionnant. D'habitude, je fais l'impasse et je vais au bistro, avec la plupart des convives de moins de cinquante-cinq ans, pour attendre que ce soit fini. Mais là ils ont kidnappé mon fils, et je veux m'assurer qu'il ne met pas trop d'animation.
    Le curé fait son cirque. Assis, debout, assis, debout. Mon fils ne tient plus en place. On insiste encore sur l'obligation de fidélité. Décidément, c'est un problème pour eux. Le curé, ça ne doit pas être des problèmes avec sa femme. Avec Dieu, peut-être ? C'est vrai qu'il est plutôt volage : il a tendance à laisser tomber même ses plus fidèles dévots.
    On enchaîne avec le vin d'honneur. C'est le moment d'essayer de faire un peu connaissance avec les autres. Je rencontre un couple plutôt sympa, proche de la mariée, et on leur explique que nous sommes les plus anciens copains du marié. Il y a bien d'autres personnes avec qui on pourrait un peu lier contact, mais personne pour nous présenter : les époux sont partis faire des photos dans le jardin du château, pour immortaliser le plus beau jour de leur vie. Les beaux parents viennent nous lire les prières d'intention. C'est fastidieux, mais je note mentalement le procédé. Au prochain mariage, au lieu d'aller m'ennuyer à mourir, j'envoie un prière d'intention. Ca a l'air tout à fait acceptable, et ça évite aux auteurs de passer toute la journée dans les mondanités. Je croyais qu'on étais obligé d'aller aux mariages. Mais si le prière d'intention suffit, je sais ce qu'il me reste à faire à l'avenir.
    Le soir, ils avaient eu l'idée de faire un plan de table. Comme ça, je n'étais pas à la table de Patrice (ils avaient pensé que ce serait tellement mieux de « mélanger » les amis du marié et ceux de la mariée), ni du petit couple, qui n'était d' ailleurs pas invité. Elle n'était « que » la collègue de la mariée, qu'elle voyait tous les jours presque tout le temps. Elle n'avait pas sa place avec la cousine du beau-frère de l'oncle Chose, qu'on ne voyait qu'aux mariages et aux enterrements. Je ne connaissais personne et à ma table, franchement, je n'avais pas envie d'apprendre à les connaître.
    Le repas, comme c'est l'usage, a été interminable. On a servi du poisson. J'y suis allergique. L'odeur seule me donne la nausée. Alors je me suis isolé aux toilettes, où j'ai croisé le père de la mariée en train de vomir. Lui aussi est allergique au poisson. C'est curieux de choisir comme menu un plat qui rend malade. Qu'ils n'aient pas tenu compte de moi, bon. Mais ils auraient pu faire un effort pour ne pas faire vomir celui qui, finalement, a payé pour tout ça... enfin, tout ça sauf la liste de mariage, fournie et cossue.
    La musique, plutôt musette, assourdissante, me procurait un alibi pour ne pas parler à mes voisins. Un animateur terroriste est venu sur scène, parce que tout le monde avait une tête de déterré. Il nous a ordonné de sourire et de danser, aboyant que nous étions là pour faire la fête. Super, la fête ! Avant de partir, on a tout de même dit au revoir à Christophe. Tout le monde s'extasiait sur cette merveilleuse soirée. On n'a pas eu le cœur d'être hypocrites à ce point. Il n'y croyait pas plus que nous, et commençait sans doute à se demander ce que vaudrait un mariage fondé sur ces apparences surfaites. « C'est un joli château », me suis-je contenté de dire.
    Trois mois plus tard, Patrice nous a invités pour un barbecue. C'était plutôt sympa. J'étais en jean, vieilles godasses et T-shirt. Je l'ai trouvé drôlement bien habillé pour un barbecue, mais je n'en ai pas fait grand cas : avec Patrice, on peut s'attendre à tout. Il y avait une trentaine de personnes. La plupart des invités étaient des copains de Patrice et de sa compagne, mais les parents étaient là, ainsi que quelques membres de leurs familles respectives. J'en connaissait certains, que j'aime bien. Les autres ont lié connaissance assez vite, et l'ambiance était bonne. Les plaisanteries se sont déridées, et en fin d'après-midi, tout le monde était plutôt joyeux. Comme on était bien et qu'il y avait profusion de victuailles, tout le monde est resté pour la soirée. Une sono improvisée, et les convives dansent. Et puis, plus tard, les parents de Patrice ont apporté une pièce montée. On a tous été un peu surpris. Patrice a pris le micro. « Au fait, je voulais juste vous annoncer un truc. On s'est mariés ce matin, et c'est pour ça qu'on fait la fête ».
    J'ai trouvé ça sympa comme formule. Quitte à se marier, on n'invite que ceux qu'on aime, pas les autres, et on s'amuse. Comme témoins, ils avaient demandé aux secrétaires de mairie présents le matin. Après tout, la mairie, ce n'est que la partie administrative.
    J'oubliais : Christophe a divorcé l'an dernier, et Patrice est devenu échangiste. Je suppose qu'il y a une morale à cette histoire.

Texte paru dans Le Courrier Picard le 3/10/2005

Par jfmop
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Jeudi 18 septembre 2008

        Quand j'étais jeune, plus jeune que maintenant, je partais souvent en colonie, surtout en hiver, dans des coloskis. La boîte de ma mère proposait ces séjours, et on se retrouvait souvent tous. A force, on formait une sacrée bande. Mais le plus inoubliable de nous, à coup sûr, c'est Castet.
        Castet, c'était le genre à faire des lits en portefeuille, à vous tremper le petit doigt dans l'eau froide pendant la nuit pour que vous pissiez au lit, à mettre de la neige dans vos chaussures de ski... Bon, à vrai dire, on était tous un peu comme ça. Mais Castet, il était pire.
        Au tire-fesses, le jeu était de planter les bâtons au bord de la trace pour que le suivant les ramasse. Castet, il ramassait les bâtons, et il les jetait plus loin pour qu'on ne puisse pas les rattraper, qu'on soit obligé de décrocher pour aller les chercher et de se recogner la queue... Il était à l‘origine de toutes les initiatives constructives: concours de «prout avec les bras », de celui qui a la plus grosse, qui pisse le plus loin... ou le plus haut. Un jour, il a visé tellement haut qu' il s' est pissé dans la gueule.
        C' est aussi le seul type que je connais qui se soit auto-cramé le cul. Par simple goût de l'expérimentation scientifique, pour voir si un pet ça brûle. Ça a fait une jolie flamme, et juste après ça sentait le cochon grillé.
        On l'aimait bien, mais franchement par moments il était lourd. Il savait pas s'arrêter. Comme cette année où il était tombé amoureux d'une nouvelle, une certaine Lauriane. Pendant des jours il nous a pris la tête avec Lauriane, jusqu'à ce qu'un copain lui dise qu'il était grillé, qu'on lui avait demandé s'il avait vu « Lauriane et Roger ». Immédiatement, nous en avons tous déduit que le Roger en question sortait avec ladite Lauriane, et la mésaventure de Castet nous amusait beaucoup. Lui n'arrêtait pas de dire que s'il mettait la main sur Roger, il lui pèterait la gueule. Ça a duré plusieurs jours. On se moquait bien de lui. Et puis à la fin on a découvert qui était Roger. On lui a pas dit, parce qu'il continuait à vouloir lui casser la figure. C'était drôle. On parlait toujours de Roger: Roger a fait ci, j'ai pris le télésiège avec Roger... C'était vrai, d'ailleurs. On n'avait pas besoin de mentir, c'était assez drôle comme ça. Finalement, le dernier jour, il a compris. Les moniteurs ont fait l'appel dans le car. Lauriane, elle s'appelait Lauriane Roger. Evidemment, pendant des années, on l'a appelée Lauriane ET Roger.
        Comme j'étais un peu grande gueule moi-même, Castet est vite devenu mon ennemi privé numéro un. Les autres choisissaient leur camp au gré de leur humeur. Mais finalement il était tellement insupportable même pour ses alliés que la plupart du temps il était seul contre tous.
        Un jour, il m'avait sans doute fat une crasse quelconque (genre couper l'eau chaude sous la douche, ou piquer mes vêtements pour que je sois obligé de traverser les dortoirs, mixtes, à poil), j'ai eu une idée. Avec beaucoup de faste et de solennité, j'ai annoncé par « communiqué de presse » (un tract manuscrit passant de main en main) la création du Mouvement Anti Castet, le MAC. Au départ, c'était moi, le MAC. Mais les autres ont trouvé ça très drôle, et rapidement le MAC regroupait tous ceux qui n'étaient pas Castet.
        Alors, il a lancé le Mouvement International Contre le Mouvement Anti Castet. Le MICMAC. Qui, fort évidemment, ne regroupait que lui. Mais il était très efficace.
        Notre première opération s'est soldée par ce qu'il faut bien appeler un échec. Castet s'était habillé comme un milord pour sortir (avec Lauriane et Roger), avec nœud pap et tout. Du gel dans les cheveux, des chaussures cirées... Nous étions sept, dont trois vrais costauds. Le plan de bataille avait été soigneusement étudié. Le couloir qui desservait les dortoirs et les douches avait deux issues, nous avons fait deux équipes. Pour bloquer sa fuite. Le but était de l'attraper et de le mettre tout habillé dans la douche. J'avoue, ce n'est pas très malin. Mais c'est pas moi qu'a commencé.
        En nous voyant, d'ailleurs, il a tout de suite compris. Parce que, si ça avait été lui, c'est exactement ce qu'il aurait fait. Il a attendu que nous arrivions à peu près à sa hauteur pour entrer de lui-même dans la douche et se doucher habillé. Comme si c'était exactement ce qu'il voulait faire, comme si on ne l'avait forcé à rien. Le résultat était grosso modo le même : il était trempé et bon pour sortir en jogging. Mais c'était terriblement frustrant.
        La première opération d'envergure du MICMAC en revanche, ça me peine de le dire, a été un succès. Il a parié avec moi qu'il boirait plus de coca que moi. Et moi, à l'époque, il fallait pas me dire que j'étais pas cap'. On a parié une bouteille de coca, à boire sur place... Ce qui, à bien y repenser, en dit long sur notre bêtise. Il voulait une compétition loyale, pas juste un jeu où il suffit de boire trois gouttes de plus que l'autre. Alors, on s'est mis dans deux salles différentes, avec chacun un arbitre pour compter les quantités ingurgitées. En deux heures (temps imposé), j'ai descendu cinq litres. Castet, un verre. Il savait qu'il ne gagnerait pas. Résultat : j'ai gagné une bouteille à boire sur place (et, par fierté imbécile, je l'ai bue). Et un mal de bide mémorable.
        Le temps nous a séparés. Je ne sais pas ce que sont devenus les autres. A ce qu'il paraît, Castet est devenu gendarme. C'est assez invraisemblable pour être vrai.



Texte paru dans Picardie, autoportraits, recueil de nouvelles d'auteurs de ma région.

 


Par jfmop
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