Remarques liminaires: *j'utilise le terme de pédé, parce que c'est sans doute celui qu'il
aurait utilisé, lui. Par provocation, et parce qu'il n'avait pas peur des mots.
*Il ya 15 ans de cela, j'ai fait un mémoire de DEA sur la politisation des mouvements gays. Je connaissais donc déjà un peu le sujet avant la sortie du film.
L'Amérique d'Obama ose montrer que le problème racial n'est pas le seul problème de discrimination aux Etats-Unis. Les homosexuels aussi ont dû se battre pour leurs
droits civils. Sauf que dans leur cas la discrimination n'est pas basée sur une couleur de peau mais sur ce que beaucoup, aujourd'hui encore, considèrent comme une totale immoralité, une déviance
perverse.
Le scénario est très habile, et crédible d'un point de vue historique. J'ai évidemment beaucoup apprécié la façon dont les fondamentalistes chrétiens,
réactionnaires et intolérants au possible, sont fustigés. Il faut noter que le personnage de White, l'assassin de Milk, est représentatif. Au nom de valeurs morales et d'un Dieu terroriste, on
tue ceux qui ne sont pas d'accord avec les préceptes les plus rétrogades d'une religion en mal de croisade et de chasse aux sorcières. Cette vision du monde est assez (trop) largement partagée
par les américains en général: White n'a fait que cinq ans de prison pour ses deux meurtres. C'était il y a trente ans, certes, mais le gay-bashing était encore à la mode il y a quinze ans, et je
ne suis pas persuadé que l'Amérique de Bush soit plus ouverte. L'ère Obama va-t-elle nous montrer un visage plus humain?
Les homos sont dans l'ensemble bien présentés, mais trop facilement assimilés aux hippies à mon sens. Les tenants de la ligne plus discrète et
respectable sont un peu rapidement caricaturés. Certes, ils étaient moins visibles, mais ils ont joué un rôle dans le mouvement gay. Car si Harvey Milk a été un personnage emblématique, il
n'était pas non plus le seul leader gay. L'arrivée d'une gouine dans l'équipe, qui correspond effectivement au moment où les gays et les lesbiennes ont fini par s'allier, marque un grand bond en
avant, et c'est en bonne partie grâce à elle que Milk réussit... C'est heureux, et ça montre que c'est en mettant leurs propres préjugés de côté que les minorités ont des chances de réussir.
La réalisation, dans l'ensemble, est convaincante, quoique les effets pour vieillir l'image et lui donner un cachet d'image d'archive ne me semblent pas
nécessaires. Le côté "that 70s show", sans l'humour, donne l'illusion que tout cela est passé, révolu. Et, d'une certaine façon, kitsch. De même, certaines scènes de baiser s'éternisent un peu.
La complaisance du réalisateur déssert un peu son propos à mon sens. Il s'agit indiscutablement de la réalité des rapports amoureux entre hommes, mais il me semble que certaines longueurs étaient
évitables. L'homosexualité est plus facile à défendre quand on met en avant les points communs entre tous les hommes que quand on insiste lourdement sur leurs fesses.
Le choix des acteurs, enfin, est judicieux. La dernière séquence, qui montre les protagonistes historiques en regard des acteurs qui
tiennent leur rôle, met en avant leur ressemblance physique. Mais le jeu des acteurs est irréprochable, je n'ai relevé aucune fausse note.
L'inconvénient majeur du film, mais il est impossible de faire autrement, c'est qu'il nous parle des rouages d'un système
politique qui n'est pas le nôtre, et que nous ne connaissons que très peu. Le terme de "conseiller municipal" (traduisant "supervisor") pour désigner Milk est discutable. C'est un peu un
maire d'arrondissement comme on en a à Paris. Mais pas tout à fait non plus. Bref: difficile de bien comprendre le rôle et le poids politique que cela représente.