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Je publierai ici les textes qui ne trouvent pas place sur mon site (jean-francois-mopin.com): nouvelles, billets d'humeur et autres. C'est un fourre-tout. N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires.
Mercredi 28 janvier 2009
     Nous croisons tous, tous les jours, des véhicules de société qui affichent fièrement le nom et les coordonnées de leur entreprise. C'est une façon de se faire connaître, de faire de la publicité à moindre coût...
     Il y a quelques années, les media s'étaient largement fait l'écho d'un amusant sondage qui affirmait que "93% des conducteurs se disent courtois au volant". Pas de chance, je ne tombe en général que sur les 7% qui restent. Encore que... se dire courtois et être courtois sont deux choses bien distinctes.
     Ce que je trouve profondément aberrant, c'est quand ces deux paramètres se croisent. Quand un conducteur particulièrement mal embouché vous fait une queue de poisson, refuse une priorité, grille un feu, manque renverser un piéton... avec un véhicule de société. Cela revient à dire clairement: "la société Truc, joignable à telle adresse et tel numéro, n'en a rien à foutre de vous". Ils pourraient aussi bien choisir un doigt dressé comme logo...
     Je me demande si ce genre de publicité est rentable. Avec moi, c'est radical: je boycotte systématiquement les entreprises qui se montrent ainsi abjectes avec les autres. Mais comment les employeurs peuvent-ils ne pas voir à quel point engager des conducteurs dangereux et teigneux peut nuire à leur image?

     En même temps, la logique publicitaire de certaines entreprises me déroute. Il y a environ 20 ans, Mamie Nova était une grande marque de produits laitiers. Ils communiquaient sur le créneau "les mamies ne lui disent pas merci", parce qu'elle faisait des yaourts meilleurs que ceux de mamie. L'idée était bonne, décalée, et le deuxième degré fonctionnait à merveille.
     Puis, pour des raisons qui m'échappent, ils ont voulu innover en lançant une autre campagne. On y voyait des enfants déformés (comme à travers le judas d'une porte), laids et effrayants, avec des slogans comme "ma mamie, elle est dans le frigo". J'ai beau comprendre le deuxième degré, j'ai l'impression que cette campagne manque totalement son coeur de cible. Pire: elle rebute et dissuade la plupart des habitués de la marque.
     Les chiffres de vente ont baissé. De plus en plus, de plus en plus vite. Mais Mamie Nova s'est acharnée à continuer sur le même créneau. Des erreurs publicitaires et des campagnes contre-productives, on en a vu. Mais normalement quand on voit que ça ne marche pas, on fait machine arrière. Mamie Nova s'est entêtée jusqu'à ne plus représenter qu'une infime partie du marché. A ce jour, je ne comprends toujours pas ce suicide publicitaire. Le PDG est sûrement parti avec une belle indemlnité.
    
     Vingt ans après, on continue à voir les mêmes erreurs. Les grandes sociétés ont compris, et évitent soigneusement toute forme de publicité amusante, décalée, ironique, faisant appel au second degré. On reste bien politiquement correct et gentillet, avec des messages accessibles aux plus abrutis.
     Mais les très nombreuses petites entreprises continuent à faire de la contre-publicité pour elles-mêmes, en se montrant sur les routes dans des comportements méprisants et dangereux. Elles se petit-suicident. Tout cela me dépasse.
Par jfmop - Publié dans : billets d'humeur
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Mardi 27 janvier 2009
     Le SNES, premier syndicat enseignant, me donnait de l'extérieur une très mauvaise image. Image en partie injuste et faite de préjugés, mais en partie lucide et vraie...

      Lorsque je suis entré dans le métier (la « Grande Maison »), après avoir réussi le CAPES, j'entendais le SNES revendiquer l'intégration dans le corps des certifiés de professeurs n'ayant pas passé le concours. Cela me semblait absolument injuste et déloyal. J'avais pourtant bien conscience que les qualités exigées pour réussir le concours n'ont absolument rien à voir avec les qualités nécessaires pour enseigner. Pire : je connais un très grand nombre de certifiés qui ne maîtrisent que très peu leur matière ! Mais je venais de le réussir, ce concours, et je trouvais scandaleux que des professeurs qui n'avaient fait leurs preuves « que » sur le terrain et pas sur les bancs de la fac soient reconnus...
     La conclusion qui s'imposait à moi était simple : il fallait revoir le mode de recrutement. Je n'ai pas changé d'avis depuis. Seulement, quid de ceux qui étaient déjà « dans la place » ? A l'usage, je comprends mieux pourquoi le SNES a pu revendiquer l'intégration d'office dans le corps des certifiés. Mais ce message était absolument inacceptable pour un néo certifié.

Par la suite, plein d'ambition et de bonne volonté, j'ai été écœuré de voir à quel point il est difficile d'avoir une conversation intelligente avec un prof. Voilà des gens cultivés, et ils s'avèrent incapables de parler de choses sérieuses. Les seuls moments qui me semblaient rassembler, c'étaient les grèves à l'appel du SNES. Grèves annuelles et régulières, pour des revendications purement corporatistes. Il me semblait qu'on exigeait surtout un meilleur salaire, mais qu'on ne faisait pas grand chose pour le mériter...
     Je voyais ainsi, parmi les « agitateurs » les plus virulents, des collègues dont le comportement m'insupportait (m'insupporte toujours) au plus haut point. Vous savez, le collègue qui ne libère sa salle qu'avec cinq minutes de retard (et tant pis pour mon cours), n'efface jamais son tableau, laisse les armoires ouvertes, oublie son parapluie (qu'il vient rechercher sans frapper cinq minutes après), descend faire des photocopies pendant ses cours en laissant seuls des élèves peu fiables, sur qui il vous « demande » de garder un œil... Et ce sont ceux-là que j'entendais revendiquer haut et fort pour plus de considération.

     Il y a donc une forme de personnalisation dans mon choix de ne pas m'engager. Comme les élèves qui aiment telle ou telle matière parce qu'ils aiment ou n'aiment pas le professeur, je n'aimais pas le SNES parce que j'avais l'impression qu'on n'y trouvait QUE les professeurs insupportables, détestés des élèves, qui n'avaient aucun autre moyen de progresser que d'exiger des avantages qu'ils ne méritaient pas...


     Puis vint Allègre. La réforme me paraissait scandaleuse et inacceptable, mais le SNES bougeait alors fort peu. Habitude oblige, bousculer un ministre dit de gauche était difficile. Les comités anti-Allègre se sont multipliés, et c'est en voyant qu'il risquait d'être débordé que le SNES a finalement pris le train en marche. C'est du moins la lecture que j'en avais à l'époque. Aujourd'hui je pense que c'était un peu simpliste, cette vision, mais je continue de penser qu'il y a du vrai quand même.
     Un séjour en Angleterre, où j'ai pu tester en live la vie d'un professeur dans le système en vigueur là-bas (et très bientôt chez nous), m'a montré où la notion, séduisante dans l'absolu, de salaire au mérite pouvait conduire. J'avais naïvement cru que le professeur le plus méritant était le plus efficace, celui dont les élèves réussissent le mieux. Contrairement à ce qui se passe chez nous, où seule compte la note qu'un IPR (parfois ancien prof chahuté, parfois planqué qui a trouvé un moyen de ne pas avoir d'élève en face de lui, souvent maillon d'une machine absurde et qui fait volte face régulièrement) vient vous mettre tous les huit ans, selon des grilles verrouillées. Il s'avère finalement que le plus méritant est celui qui se montre le plus apte à appliquer la politique de son supérieur. Ainsi, la « prime de l'enseignement le plus méritant » est joliment surnommée par tous « prime du lèche-cul », ce qui résume assez bien la situation.


     Jusque là, on l'aura compris, je ne me retrouvais absolument pas dans les positions du SNES, ou du moins dans ce que je percevais des positions du SNES, qui communique à mon sens extrêmement mal. Dans ces conditions, pourquoi m'engager ? Mon père n'a rejoint son syndicat (la CFDT... no comment) que lorsqu'il a été sur un siège éjectable dans son entreprise, pour sauver ses fesses. Je n'allais pas faire pareil!
     Un événement nouveau m'a décidé à rejoindre, tout de même, le SNES, sur lequel j'étais encore très dubitatif. C'est l'élection de M. Sarkozy à la présidence de la République. Nous filons à marche forcée vers le système anglais. J'y suis passé. Je ne me fais aucune illusion : nous y parviendrons. Mais sans mon accord. Et l'unique moyen que j'ai de faire savoir que je ne veux pas de ce système, c'est de grossir les rangs des encartés. Cela me coûte de l'argent (cotisation), me prend du temps (réunions sur lesquelles je vais revenir...), me fait mal voir de la hiérarchie... C'est à ce prix que je manifeste mon refus du système vers lequel, inexorablement, nous nous dirigeons.

     Et me voilà syndiqué. Je découvre le fonctionnement d'une section, dans laquelle on s'engueule joyeusement pour des broutilles. Les priorités me semblent pour le moins discutables. Et je comprends mieux maintenant pourquoi j'avais une si mauvaise image du SNES. On dirait un peu la guerre des chefs au PS. Tout le monde a raison, tout le monde tire la couverture à lui... On est tellement occupé à se battre entre nous qu'on en oublie où est le véritable adversaire. Je repense à une séquence des Guignols de l'info, quand je les regardais, il y a longtemps. Nous étions en pleine guerre de Bosnie. PPD demandait à Delors (alors président de la Commission Européenne) ce qu'il pensait de la Bosnie. Et le Delors de répondre: « Ah ! Voilà un vrai problème ! Voilà un vrai défi pour l'Europe ! Je vous le demande : peut-on envisager d'intégrer dans l'union un pays qui ne respecte pas nos normes de calibrage des salsifis ? » Eh bien au SNES, on semble s'occuper beaucoup des normes de calibrage des salsifis, et pas beaucoup de la guerre.
     De la même façon, je trouve le syndicat bien timide en matière d'action. Comment faire fléchir les gouvernements, surtout (je me répète ?) depuis la dernière élection présidentielle ? La forme d'action privilégiée reste la grève. Grève d'une journée. L'efficacité reste à prouver. Quand on est au lycée, à part offrir une journée de salaire au gouvernement, nos grèves n'ennuient personne. Dans le primaire, ils auraient encore un certain poids, si on n'avait pas laissé le « droit d'accueil » être voté... Maintenant (dixit le ministre) quand il y a une grève, personne ne s'en rend compte.
     Pourtant, je les fais, ces grèves. Faute d'avoir un autre moyen d'action. Je ne me fais pas d'illusion sur l'efficacité. Mais je peux me regarder dans la glace en me disant : je n'ai pas été complice. J'ai dit que je n'étais pas d'accord. A défaut de préserver mes conditions de travail, au moins je garde ma dignité. Et elle me coûte cher. Mais je n'ai plus rien d'autre à vendre.


     Et je peste à n'en plus finir contre le SNES. Pour deux raisons.
     La première : j'ai entendu il y a peu un raisonnement qui me hérisse et résume tout ce que je déteste. Il était justement question des moyens d'actions.
D'abord, tout allait bien. Un collègue a exposé une méthode expérimentée dans les lycées agricoles : la rétention/non rétention des notes. Si nous n'évaluons pas nos élèves, on nous sucre les indemnités de suivi des élèves. C'est bien plus « douloureux» qu'un jour de grève. Alors les professeurs évaluent leurs élèves. Tel prof note sur 10, tel autre sur 20. Les calculs de moyenne sont compliqués. Un troisième note de « A » à « E ». Un quatrième de « E » à « A »... un cinquième utilise le système officiel préconisé dans le primaire (A, CA, AR, NA). Les élèves sont évalués, on ne peut rien reprocher aux collègues. Et ça complique sérieusement le boulot de la hiérarchie. Ca ne l'empêche pas, certes. C'est un grain de sable. Mais c'est un grain de sable qui ne coûte rien, et avec plein de grains de sable comme ça, on bloque une grosse machine.
     Il ne s'agit en aucun cas d'une recette miracle, mais c'est un excellent point de départ pour une discussion concrète sur les alternatives à la grève.
     Hélas, et c'est là que tout déraille, un autre intervenant a pris la parole, pour dire (en substance) : « cela fait 38 ans que je suis au SNES. De tout ce qu'on a essayé, il n'y a que la grève qui marche. DONC on continue comme avant ». Ca ne marche plus, depuis longtemps. Et c'est sérieusement méconnaître l'évolution des gouvernements depuis Allègre que de penser qu'ils vont continuer à réagir de la même façon...

     Ma deuxième raison de pester, liée à celle-ci : le SNES veut croire qu'il gagne. Combien de fois n'ai-je pas entendu des syndiqués se vanter d'avoir eu gain de cause: on a obtenu la démission d'Allègre. On a obtenu le retrait du CPE. On a fait reculer Darcos...
     Allègre a démissionné, mais le SNES n'a fait qu'embrayer le pas aux comités anti-Allègre, qui rassemblaient bien au-delà des rangs du syndicat. Le CPE, ce sont les jeunes qui ont eu gain de cause. Nous étions dans le mouvement, pas à sa tête. Et Darcos... à mon avis, une des raisons du recul (pour mieux sauter) est la forme de la mobilisation des jeunes. Les grèves, les manifs, le gouvernement sait les gérer et les retourner contre nous. Mais les « réveillons revendicatifs » ? Voilà une forme d'action qui 1) ne permet pas au gouvernement de s'enrichir en prenant une partie de notre salaire, 2) rassemble dans un même camp parents, élèves et profs (qu'on peut difficilement monter les uns contre les autres), et 3) innove, et donc séduit les media. Face à ce genre d'action, nos dirigeants de l'UMP sont démunis. Et il n'est pas partout possible de compter sur les chefs d'établissement pour bloquer l'accès des lycées.


     Alors voilà. Je n'ai rien à faire des différents courants, des différentes susceptibilités et personnalités... J'en ai marre de voir certains membres du bureau SNES ne venir à aucune réunion, et toutes les réunions dériver sur des querelles de personnes. J'en ai par dessus la tête des débats interminables pour savoir s'il faut faire un pique-nique devant le lycée ou cent mètres plus loin, utiliser du papier rouge ou vert pour l'affichage sur le panneau, ou si la machine à café de la future salle des profs doit se trouver avant ou après les portes coupe-feu.

     MAIS QUELLES SONT LES ALTERNATIVES ? Soyons clairs : Sarkozy se fiche éperdument de savoir si le secrétaire de section a raison de signer tel tract « le bureau », ou si untel a raison d'utiliser des gros mots dans ses mails. Ce qui l'intéresse, c'est que le secrétaire de section et untel fassent des heures sup (non payées, si possibles) pour remplacer les disparus et faire le boulot des surveillants. C'est que le secrétaire de section et untel (et Bidule et Chose et Truc et moi et cinq cent millions de « chinois ») acceptent de travailler plus pour gagner moins afin de garder la canaille populacière, et préserver les conditions de vie dans les écoles où ses enfants sont scolarisés.
     Nous savons tous cela. Et nous savons aussi que si on attend que ça passe, ça ne passera pas. Le SNES n'est pas un outil satisfaisant. Mais c'est le seul que nous ayons. Et je veux croire que, le jour où une majorité de syndiqués penseront comme moi (et non comme l'arrière-garde qui reconduit les automatismes d'il y a trente-huit ans), ce moyen deviendra efficace. Ce ne sont pas les grandes gueules qui l'emporteront, c'est le nombre. Je suis déjà 1. C'est un début.


Par jfmop - Publié dans : vécu
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Samedi 24 janvier 2009
      Je sortais de l'adolescence. J'avais bien une petite amie, et nous faisions régulièrement l'amour. Cependant, nous parlions peu de ces choses là : dans l'ensemble, c'était un peu toujours la même routine. Nous tentions bien une nouvelle position ou un geste encore inédit pendant les ébats, mais sans en parler ou presque. J'ignorais beaucoup d'elle et des femmes en général.
      Un après-midi, j'étais passé voir Laurence. C'est une fille qui a beaucoup compté dans ma vie. Nous sommes sortis ensemble plusieurs fois pendant l'adolescence. C'est la première fille que j'ai embrassée sur la bouche, et je serais incapable de me souvenir du nombre d'occasions que nous avons ratées de passer aux choses sérieuses. Elle m'aimait bien et était fière de me présenter à ses amis. Etudes prestigieuses, culture générale très vaste... Elle trouvait que je faisais forte impression.
      Je venais donc ce jour là comme à l'habitude, m'attendant à croiser deux ou trois personnes assez sympa et faciles à épater, ce qui me permettait de me mettre en valeur à moindres frais. Mais ça ne s'est pas passé tout à fait comme je le pensais...
      Il y avait là sept autres filles. J'étais le seul garçon. Nous nous sommes installés dans la chambre de Laurence, qui assis sur le lit, qui assis sur le bureau, qui vautré par terre. Très vite, je me suis fait voler la vedette par la plus jeune demoiselle de la bande, une très charmante créature de seize ans, qui venait tout juste de connaître sa première fois... Au départ, sa voisine lui a simplement demandé en aparté comment cela s'était passé, et très vite toute l'assistance était suspendue à ses lèvres.
      J'étais terriblement gêné mais curieux. Jamais je n'avais entendu une fille parler de sexe. Ma présence me semblait incongrue. Comment pouvait-elle décrire ces instants en présence d'un mec qu'elle ne connaissait pas ? Je me suis fait tout petit, par pudeur et parce que, à sa place, j'aurais sans doute été embarrassé. Evidemment, j'écoutais avec attention. C'était l'occasion de savoir ce qui se passait de l'autre côté du miroir...
      Ses camarades et elle ont commenté la « performance » du jeune homme de façon assez crue et cruelle. « Il arrivait pas à bander »... « Il aurait pu se retenir un peu plus»... « De toute façon les mecs savent pas faire jouir les filles la première fois »... A ce moment là, j'ai senti en moi une forme de solidarité masculine dont j'ignorais l'existence, et qui rétrospectivement me semble plus égoïste que fraternelle. Moi non plus, la première fois, je n'avais pas réussi à bander. Moi non plus, je n'avais pas fait jouir ma copine. D'ailleurs, je m'apercevais que j'étais absolument incapable de dire si, depuis, je l'avais fait jouir vraiment, ni combien de fois, ni comment... Et ces commentaires des actes d'un autre m'ont mis face à mes propres actes.
      J'ai progressivement pris conscience de la responsabilité des hommes envers leur partenaire. Jusqu'à lors, il me semblait naïvement qu'il suffisait de pénétrer et de limer un peu. Moi, je prenais mon pied, donc ma partenaire aussi. Elle ne s'était jamais plainte, n'avait jamais demandé autre chose... Donc je devais tout faire bien. Forcément.
      Les autres se sont mises à tour de rôle à raconter elles aussi leurs premières fois et leurs expériences les plus décevantes. Et au fil de la conversation, je me décomposais. Je ne connaissais aucune d'elles (à part Laurence), mais toutes décrivaient des comportements si proches du mien que ça aurait pu être moi... Et les reproches m'atteignaient directement. « Les mecs veulent toujours qu'on les suce, mais quand il faut venir nous lécher ils veulent pas... ». « Ils savent pas caresser et faire monter le désir, c'est juste baiser et se vider les couilles. Aucune douceur »...
      A ce stade de la discussion elles m'avaient complètement oublié. Jamais de ma vie je n'avais entendu des mecs parler aussi clairement et crûment de leur sexualité. Etre vulgaires et grossiers, oui, mais décrire leurs ébats et performances... Avec un tel luxe de détails... Moi qui croyais que les filles étaient des créatures angéliques ! Non seulement je n'épatais personne aujourd'hui, mais j'avais l'impression de passer pour un tocard fini. Heureusement, personne ne semblait remarquer ma présence.
      La plus jeune (celle par qui tout arrive...) a exprimé sa déception de voir que l'amour était si peu satisfaisant physiquement. Une de ses copines lui a dit qu'elle n'avait jamais connu l'orgasme avec son mec, et qu'elle était obligée de « se finir » devant lui.
      Cette réplique m'a choqué. D'abord, je n'avais jamais imaginé que des filles puissent se masturber. C'est absolument débile, je sais, mais je ne m'étais jamais posé la question. De plus, l'idée qu'une fille puisse faire « ça » devant quelqu'un... Jamais je n'aurais osé me masturber devant ma copine. Et pour couronner le tout, elle en parlait ainsi, en public, sans aucune gêne. (Je commençais d'ailleurs à trouver tout cela un peu castrateur et vexant:  je sentais bien que c'était une conversation entre filles, et ma virilité était mise à rude épreuve ; je n'existais pas).
      Et voilà que la discussion a dérivé sur la masturbation. Ces demoiselles se sont mises à décrire et comparer leurs techniques. Une aimait s'introduire deux doigts dans le sexe en agitant son clitoris. Une autre s'allongeait sur le ventre, les doigts de part et d'autre du sexe, et ondulait du bassin pour se frotter. Une autre encore alternait les mouvements circulaires rapides et les longues caresses de l'intérieur des lèvres... Je bandais à n'en plus pouvoir, et je pense que je n'étais pas le seul à apprécier ces instants.
     Mentalement, je prenais des notes : je comptais bien faire le nécessaire pour être mieux que tous ces types qu'elles assassinaient en paroles. Caresser ma copine, la lécher, la masturber (en essayant toutes les méthodes une à une). On ne dirait plus de moi ce qu'elles étaient en train de dire des hommes.
      A ce moment là Laurence (chère Laurence !) m'a directement apostrophé pour me demander comment je faisais, moi. Tout le monde, moi y compris, est revenu sur terre d'un seul coup. C'était comme si je venais d'apparaître dans la pièce. Certaines filles se sont mises à rougir, d'autres à sourire parce que moi-même je devais être pivoine. Cet instant interminable où les yeux étaient fixés sur moi, ces regards inquisiteurs de juges intraitables, et où on m'a demandé de m'exprimer, je ne les oublierai jamais. Je ne crois pas avoir connu autant de trac dans ma vie. Mon érection est tombée d'un coup d'un seul.
      Le plus étrange est qu'à aucun moment je n'ai envisagé de nier. J'aurais pu prétendre que je ne me masturbais pas. Mais cette réponse, en contexte, aurait paru totalement invraisemblable et... ridicule. Tout le monde tenait pour acquis que je me masturbais, comme elles toutes. Et dans une inversion des valeurs qui me faisait voir que j'étais effectivement passé de l'autre miroir, il m'est apparu que si je n'avais pas parlé de ce geste pourtant tellement intime et personnel que je ne l'avais jamais évoqué avec ma chérie, alors j'aurais été indécent et déplacé. Seulement, que dire ? Face à la variété des méthodes pratiquées par ces demoiselles, il me semblait que les hommes ne pouvaient opposer qu'une seule et unique manœuvre : on serre et on agite...
      Ma réponse, évidemment laconique et minimaliste, ne les a pas contentées. L'une d'entre elles (que je n'ai jamais revue mais dont le nom reste à jamais gravé dans ma mémoire) a alors « proposé » cette idée surréaliste : « Si il (on ne me parlait pas directement. Elle s'adressait à ses copines, je n'étais que l'objet de la discussion) ne peut pas mieux nous expliquer, il n'a qu'à cas nous montrer ».
      Cette suggestion a soulevé l'enthousiasme de ses voisines. Toutes ont trouvé cette idée excellente, et j'ai été sommé de me mettre à poil. Là encore, l'atmosphère était irréelle. Je savais, intellectuellement parlant, qu'il m'était possible de refuser. Mais j'éprouvais une gêne morale, une sorte de scrupule indéfinissable qui faisait que ne pas me déshabiller aurait été indécent. Par respect pour elles, pour moi, pour les valeurs de bien et de mal, c'était la chose la plus... raisonnable.
      En enlevant mes vêtements, j'étais assailli de sentiments contradictoires. Quelque chose en moi disait qu'il n'était pas normal qu'un homme se désape devant des filles, alors qu'une fille qui se serait dévêtue devant un public masculin ne m'aurait pas semblé déplacée... Du coup, mon comportement n'était pas celui d'un vrai mec. Etais-je gay ? (Quelle drôle d'interrogation, entouré de huit filles que je désirais). Cela étant, elles ne sont pas comportées comme les publics de mecs avinés qui hurlent des insanités en guise de compliments aux strip-teaseuses. Sous la pression, je ne bandais pas. La peur du ridicule a des effets secondaires. Pourtant, j'étais très excité.
      Debout au centre de la pièce, j'ai commencé à masturber mon membre flasque, qui a commencé à prendre un peu de volume. Petit à petit, les regards fixés sur ma bite ont produit leur effet. Aucune ne regardait mon visage. Cela m'a rassuré et j'ai durci. Le plaisir montait. Se masturber debout, c'est déjà compliqué. Mais le faire devant huit paires d'yeux inconnus de filles excitantes et excitées, c'est une expérience troublante. Deux d'entre elles ont passé la main dans leur culotte... Je les voyais s'agiter et j'ai accéléré. Mais au moment d'éjaculer, je me suis retenu : après leurs discours, il me semblait confusément qu'il était de mon devoir de tenir plus longtemps qu'elles. J'ai ralenti et j'ai passé ma main sur le gland, paume vers le bas, pour calmer l'afflux sanguin. La jeune fille qui avait lancé le jeu a rompu le silence : « Ah ! Mais si ; il fait d'autres mouvements. Il a voulu nous le cacher, le coquin ». Vexé, j'ai repris les va-et-vient sur la verge, mais le silence était rompu et elles se sont mises à commenter. « Il a une belle bite, quand même ». « C'est sûr qu'elle est plus jolie que tout à l'heure ». « Il a l'habitude, le cochon, regarde ça ». « En plus il se branle devant nous. Tu crois qu'il pense qu'il nous baise une par une ? ».
      Je ne tenais plus. Une curieuse alchimie de fierté, de honte, de désir de domination et de soumission mêlées, ajoutait à mon transport. Je me retenais de gémir, mais je n'osais plus m'arrêter. Une pensée m'a traversé l'esprit, sitôt chassée par le fantasme de l'une d'entre elles penchée en avant pendant que je la prenais en levrette, alors que sa copine me caressait les couilles : étais-je en train de tromper ma petite amie ? Je n'avais de relation sexuelle avec aucune d'entre elles (mais dans ma tête elles y passaient toutes). Pourtant, je me lâchais devant elles plus que je ne l'avais jamais fait avec ma chérie... Une autre inquiétude plus pressante s'est imposée de fait : j'étais à deux doigts d'éjaculer, et vue la situation je me doutais bien que je risquais de cracher une belle quantité... Mais je ne pouvais tout de même pas les asperger, ou gicler sur la moquette. Et il va sans dire que l'option la plus sage (tout arrêter là) n'était pas envisageable. J'ai dit « je vais jouir », en espérant que ce simple avertissement résoudrait le problème et que quelqu'un ferait le nécessaire à ma place. Je rêvais que l'une des filles s'agenouille pour m'offrir de me décharger dans sa bouche...
      Deux se sont bien approchées, mais pas pour m'aider. L'une a passé ses mains sur mes fesses en commentant « il a le cul tout contracté, ça doit être bon », et l'autre pour effleurer mes couilles du bout des doigts en disant « vas-y, montre nous comment tu jouis, cochon ». Je n'ai pu retenir ni un cri ni les jets puissants qui ont éclaboussé non seulement la moquette, mais les meubles et même le mur. Les jambes un peu molles, les mains poisseuses, j'avais soudain conscience de ce qui venait de se produire. Une des filles m'a offert des mouchoirs en papier, et a nettoyé mes débordements dans la pièce (les autres ne semblaient pas vouloir y toucher...).
      Puis, je me suis rhabillé et les filles se sont mises à parler d'autres choses. La conversation a pris un tour banal, presque anodin. Une heure après nous sommes tous rentrés chez nous, comme si rien ne s'était passé.
      Je n'en ai pas parlé à ma petite amie, ne sachant toujours pas si ce que j'avais fait entrait dans la catégorie tromperie. En revanche, et en partie pour me faire pardonner cette faute dont elle ignorait tout, j'ai décidé de changer un peu mes habitudes avec elle. C'est une histoire que je garde sous le coude pour l'occasion...
Par jfmop - Publié dans : Nouvelles
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Jeudi 1 janvier 2009
      C'est la fin de la pub sur France Télévision. Et c'est la révolution...
      Je me souviens d'un temps où les programmes du soir commençaient à 20h30. Tout le monde s'accorde aujourd'hui à présenter comme archaïque cette époque lointaine, où les enfants pouvaient se coucher à une heure décente et être en forme le lendemain matin à l'école.
      Entretemps, j'ai vu arriver la multiplication des pubs. D'abord, on a fait de la météo un programme à part, histoire de le faire précéder et suivre d'un écran de pub. Puis, on a fait des bandes annonces de plus en plus sophistiquées, considérées là encore comme des programmes courts, que l'on fait précéder et suivre d'un écran de pub.
      Et voilà le programme à peu près habituel sur toutes les chaînes aujourd'hui : journal, pub, météo, pub, état des routes, pub, bande annonce, pub, programme du soir. Entrecoupé de pubs si on est sur une chaîne privée.            
      D'ailleurs la bonne nouvelle, avec le changement qui point, c'est que cette pub qui nous manquera tant sur France Télévision, nous en auront une dose supplémentaire sur les chaînes privées. Car elle nous manquera, cette pub. Pas la pub marrante, osée, créative et décalée qu'on voyait il y a une dizaine d ‘années. La bonne pub cucu institutionnelle et lobotomisatrice.
      Le financement de France Télévision va donc poser problème. La taxe sur la pub des chaînes privées (il fallait oser !) n'y suffit pas. On va taxer le téléphone. Surement parce que ça commence par télé aussi.
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que ce manque d'argent va CONTRAINDRE le service public à ne plus imiter le privé. Il va falloir penser autrement, ne plus concevoir des décors pharaoniques pour le moindre jeu, inventer des émissions d'access prime time qui ne copient pas les deuxièmes parties de soirée de TF1... et d'une certaine manière, ce n'est pas plus mal.
       Lorsque Claude Allègre, alors ministre de l'éducation, avait lancé son slogan : « il faut dégraisser le Mammouth», j'approuvais. J'ai vu dans l'éducation nationale des sommes colossales jetées par les fenêtres. J'étais persuadé qu'il y avait moyen de faire mieux pour moins cher. Seulement, en guise de dégraissage du mammouth, on a fait le contraire. On a dépouillé le mammouth de ses os et de ses muscles, ne laissant que la graisse, et pour qu'il continue à tenir debout on a même gonflé l'enveloppe vide avec encore plus de graisse et pas mal de fumée. Alors quand je dis « d'une certaine manière, ce n'est pas plus mal », c'est d'une certaine manière seulement.
      Que va-t-il advenir de France Télévision ? Je veux croire qu'il y a suffisamment de créateurs inventifs pour combler les trous. En face, l'attitude de TF1 me paraît sidérante. Ils n'avanceront pas leurs programmes et continueront à les démarrer à 20h50 (enfin... sur papier. Je ne compte pas le nombre de jours où 20h50 se transforme en 21h, sans qu'aucun bouleversement de dernière minute soit venu chambouler les programmes). Autrement dit, plutôt que de « reporter » les pubs au milieu des films, ils vont AJOUTER des pubs dans les films. Et continuer à obliger les jeunes à se coucher de plus en plus tard (les films finiront plus tard, plus qu'ils seront coupés par plus de pubs). C'est la contribution de TF1 au dégraissage du mammouth.
      La question est assez simple : les Français vont-ils se laisser séduire par des programmes intelligents et novateurs, malgré l'absence de strass et de paillettes, ou vont-ils s'accrocher à TF1, qui diffusera quelques écrans de programmes entre les pubs ? Et ces programmes intelligents et novateurs, nos professionnels de l'audiovisuel sont-ils encore capables de les créer ? Notre civilisation est condamnée à un sursaut d'intelligence ou à un long engourdissement cérébral. Va-t-elle disparaître avec la pub ? Ce serait une belle métaphore de ce qu'elle est devenue.
Par jfmop - Publié dans : billets d'humeur
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Lundi 29 décembre 2008
    Là où j'habitais avant, à Mouy, je recevais régulièremenet du courrier ouvert. J'ai eu beau protester auprès du receveur, rien n'y a fait. Mieux: j'ai reçu par la poste un nouveau téléphone mobile (dans le cadre d'un renouvellement de contrat). Le colis est arrivé scellé. Mais en l'ouvrant, surprise! Il n'y avait pas de téléphone dedans. L'opérateur, Orange, n'a rien voulu savoir. J'en ai changé à la première occasion (c'est à dire à la fin du nouveau contrat...). La poste non plus n'a rien voulu savoir. Mais je ne peux pas en changer...
     J'espérais en déménageant que le problème disparaitrait. Après tout, c'était peut-être un problème isolé dû à un facteur indélicat. D'ailleurs, je ne donnais plus rien pour les étrènes et le calendrier...
     Bien évidemment, rien n'a changé. Pour Noël, j'avais commandé une console de jeu par correspondance. Lorsque je suis allé chercher le colis, on m'a demandé de signer le reçu avant d'aller chercher le paquet. Seulement je les connais! J'ai insisté pour voir le colis avant de signer. Il a fallu insister lourdement, à haute voix pour prendre les autres clients à témoin. Finalement, on m'a apporté le paquet. Il était complètement éventré. On pouvait voir le carton de la boîte de jeu, à l'intérieur, complètement écrasé.
     Et là a eu lieu un des plus beaux exemples de mauvaise foi auxquels j'ai pu assister dans ma vie (en dehors de l'Education Nationale, de la police municipale de Nogent sur Oise et de mon père). Le guichetier ne comprenait pas ce qui n'allait pas. Je lui ai demandé s'il n'avait pas l'impression qu'il y avait un problème avec le colis. Il m'a répondu: "Oh! Il a subi les affres du transport. C'est normal". Il est donc normal pour la poste de livrer des colis éventrés. J'ai refusé l'envoi, furieux non seulement parce qu'il était abîmé et que je n'étais pas sûr de l'avoir à temps pour Noël, mais aussi parce que j'avais l'impression désagréable d'avoir été pris pour un con. Et je regrette d'avoir acheté leur calendrier.
     Ce matin, j'ouvre ma boîte aux lettres. Une lettre est entièrement ouverte. Et ce ne sont pas juste les affres du transport: le contenu (un catalogue de VPC de lingerie et de jouets pour adultes) a de toute évidence été sorti et remis dans l'enveloppe avec beaucoup de maladresse. Il me semble que ce genre d'acte est illégal. Je n'ai malheureusement aucune preuve recevable en justice pour le moment, mais le jour où j'en aurai une, je ne laisserai pas passer l'occasion.
     Je suis fonctionnaire. Très attaché à la notion de service public. Mais j'ai connu la poste il y a vingt ans, à l'époque où on pouvait lui faire confiance. Le courrier arrivait en temps et en heure. Je recevais des lettres envoyées quatre jours plus tôt de Manille, aux Philippines. Aujourd'hui, j'ai eu l'occasion de constater qu'il faut TROIS SEMAINES pour qu'une lettre parvienne de Mouy à Nogent sur Oise (soit 20 km). A l'époque, le courrier n'était pas ouvert. Si: il m'est arrivé UNE FOIS de recevoir une lettre à moitié décachetée. Le facteur a sonné, pour me la remetre en main propre, et m'a expliqué en s'excusant que la lettre avait été malmenée dans le transport, mais pas ouverte.
     Aujourd'hui, je vois ce que la poste est devenue. Et malgré mon attachement au service public, j'ai hâte qu'elle soit privatisée. Cela l'obligera à être compétitive. C'est à dire à faire avec la technologie d'aujourd'hui ce qu'elle faisait mieux il y a vingt ans. Dès qu'un concurrent sera accessible sans avoir à faire des démarches compliquées, je choisirai le concurrent. Quitte à payer plus.
Par jfmop - Publié dans : vécu
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