Sur le chemin de Stevenson
(GR70), Bruno Gasnier et moi avons croisé un randonneur qui faisait le parcours à l'envers. Jusque là, rien d'extraordinaire : les sentiers de grande randonnée peuvent être empruntés dans
un sens comme dans l'autre.
Le lendemain, nous avons
croisé un marcheur qui, lui aussi, « remontait » le chemin. Nous avons eu l'impression de l'avoir déjà vu. Après quelques instants, nous avons simplement décrété qu'il ressemblait
beaucoup au marcheur de la veille.
Le troisième jour... nous
avons à nouveau croisé ce marcheur, qui encore une fois voyageait à l'envers. Cela nous a semblé très étrange. La distance qui nous séparait aurait dû augmenter, et les chances de croiser deux
fois (je ne parle même pas de le croiser trois fois) un homme qui marche dans l'autre sens que celui où vous marchez sont normalement nulles.
Le voyant le soir au camping
(dont il s'était éloigné toute la journée), nous l'avons abordé, pour éclaircir ce mystère. Il s'avère qu'il s'agissait d'un randonneur chevronné, habitué des randonnées et aventures autour du
monde. Il avait décidé de faire le parcours avec sa femme. Seulement, ils ne marchent pas tout à fait à la même allure. Ils ont donc mis au point le système suivant :
Lionel (c'est son nom,
j'imagine que vous l'aurez deviné) quitte le camping en voiturer le matin, avec armes et bagages, et va poser la voiture au camping suivant, en fin d'étape. Ainsi, pas de matériel à
transporter. Pendant ce temps, son épouse entame le parcours dans le « bon » sens, seule. Une fois prêt, il se lance à son tour sur le chemin, mais en partant de la fin. Sa femme et
lui se rejoignent à mi-parcours. Puis, il rebrousse chemin pour marcher avec sa femme. Il fait deux fois la même partie du chemin.
Le procédé est original,
mais ingénieux. Et du coup, nous avons croisé Lionel presque tous les jours pendant notre périple. Cela nous fournissait une indication sur la distance qui nous restait à couvrir, et il nous
donnait des informations pratiques sur ce qui nous attendait...
Un soir au Pont de Monvert,
nous avons partagé avec eux notre emplacement sur le camping (complet), et discuté un peu plus. Il nous a donné de nombreuses astuces pour faciliter la vie du randonneur (notamment, il m'a
appris à régler mon sac à dos de façon à ne pas me fatiguer, et j'avoue que c'est nettement plus confortable quand on sait le faire).
Mais Lionel est aussi un
esprit pratique et créatif. Il a inventé un sac à dos composé de compartiments étanches (plus faciles à ranger et à l'abri des mauvaises surprises), tenus par une armature en aluminium spatial
hyper léger, et... qui se transforme en lit de camp. On place les sacs sous le lit, une toile légère vient recouvrir l'ensemble (une seule épaisseur suffit, puisqu'il n'y a pas de toile de sol
et aucun risque que l'eau suinte dans la tente...).
Malheureusement, il n'a pas
trouvé de distributeur pour son invention. Il faut dire qu'elle ne s'adresse qu'aux baroudeurs comme nous, qui nous déplacions en complète autonomie, avec des sacs de 20kg, dormant dans les
campings ou la nature, mais pas à l'hôtel ou en gîte, comme la plupart des randonneurs. N'empêche : l'idée est brillante.
Aujourd'hui, Lionel publie
un petit fascicule purement utilitaire. Il s'agit d'un petit guide de voyage, qui permet de faire comprendre et de comprendre l'essentiel des informations pratiques. Il se compose d'une suite
de pictogrammes, explicites et dont le sens paraît accessible quelle que soit la langue de votre interlocuteur. Je vous invite à jeter un œil sur son site : www.skippyglobetrotter.com
Indépendamment de cela,
Lionel a un autre mérite : avoir de ses nouvelles et écrire cet article m'a donné envie de raconter « mon » Stevenson. Je vais donc pouvoir nourrir ce blog
bientôt...